« Voir des gens »
M’agacent depuis toujours ces bipèdes qui veulent se donner une teinture de grand humaniste. Le plus souvent, ce sont d’affreux menteurs, du reste. Sans cesse, on les entend dans les radios-télés, qui, en bombant le torse, vous affirment par exemple : « Moi, quand je vais à l’étranger, ce n’est pas pour voir des monuments, mais pour voir des gens ».
« Voir des gens ». Imposteurs !
Alors, pour le sport, je m’applique à tomber dans l’excès inverse, et il ne faut pas me pousser beaucoup pour que je rétorque : « Moi, à l’étranger, je ne rencontre personne, et je ne photographie que des monuments ou des paysages. Jamais vous ne verrez un être humain sur mes photos ». Et c’est vrai, où que j’aille, je ne photographie pas les gens. Je ne possède aucune photo de mes amis ou de ma famille, seulement pas de moi-même, et je comprends mal pourquoi il me faudrait en avoir. Ma mémoire me suffit.