Jésus, « roi des Juifs » ?
Sans être farouchement antireligieux ou particulièrement tâtillon, on peut se demander d’où sort le récit de la scène des évangiles où Jésus comparaît devant Ponce Pilate. Il y a un principe qu’on ne devrait jamais perdre de vue : si un évènement n’a eu aucun témoin, la description qu’on en fait par la suite relève de la fiction. Or :
- cette scène n’a eu aucun témoin ;
- Pilate n’en a jamais parlé ;
- Jésus n’en a jamais parlé, puisqu’il est théoriquement mort dans les heures qui ont suivi ;
- les évangélistes, qui n’ont commencé à écrire que vers l’année 90, n’ont jamais assisté à la scène et n’ont rencontré aucun de ses personnages, donc ont tout reconstitué d’après la légende.
En outre, cet interrogatoire de Jésus par Pilate commence de façon bizarre, par cette interrogation : « Tu es le roi des Juifs ? ». D’où vient cette question ? Jésus n’avait à aucun moment prétendu l’être, les grands-prêtres n’en ont fait état à aucun moment quand ils l’ont interrogé, mais, d’autre part, Jésus n’a pas nié, et l’inscription qu’on a fixée sur la croix mentionnait bien la raison de son exécution : « Roi des Juifs », selon Marc (chapitre 15, verset 26), « Jésus, roi des Juifs », selon Mathieu (chapitre 27, verset 37), « Celui-ci est bien le roi des Juifs », selon Luc (chapitre 23, verset 38), « Jésus le Nazôréen, roi des Juifs », selon Jean (chapitre 19, verset 19).
Pas moins étrange, le fait que cette expression, « roi des Juifs », ne va jamais servir à désigner Jésus par la suite, dans aucun texte. Alors que, s’il s’était proclamé comme messie – ce qu’il n’a pas fait, interdisant même à ses disciples de le nommer ainsi –, terme qui désigne à la fois un chef politique et religieux, elle se serait imposée, car de quel autre peuple aurait-il été roi ? Pas des Romains, tout de même !