Le requin FNAC
La FNAC est une chaîne de magasins qui a fait sa réputation, il y a TRÈS longtemps, en se proclamant « agitateur culturel », puisqu’elle vendait des disques, puis des appareils photo, et enfin des livres et de la vidéo. Mais l’agitateur culturel vend aujourd’hui des aspirateurs, des ventilateurs et des jouets, et l’on voit venir le jour où elle vendra des sextoys, faites-lui confiance.
Il n’empêche, sa réputation légèrement usurpée – surtout en ce qui concerne les prix – lui permet de conserver une masse de clients, et il devient très difficile, ses achats faits, d’accéder aux caisses, d’autant plus qu’à la FNAC-Forum, par exemple, on a supprimé celles du niveau -2 pour ne plus garder que celles de l’étage inférieur : ses caissières étaient trop budgétivores. Pour pallier ces embouteillages, monstrueux le samedi après-midi, on a créé il y a quelques années des caisses spéciales, prioritaires, réservées aux meilleurs acheteurs, et baptisées « caisses One » en bon français. J’avais une des cartes permettant d’y accéder et ne plus faire la queue.
Eh bien, la FNAC vient de me faire savoir que « la carte Club One évolue » (j’adore cette obsession de l’évolution, elle me rappelle Alain Rey radotant que la langue française doit évoluer) et qu’elle me supprimait ce privilège au 1er mai prochain. Motif : je n’ai pas assez dépensé dans les douze derniers mois : seulement onze achats, pour 582 euros ! Essentiellement des livres et des DVD. Pour bien faire, la FNAC révèle que « sont exclus les achats d’un montant inférieur à 20 euros TTC, les achats ayant donné lieu à remboursement et les achats de livres, cartes cadeaux, coffrets cadeaux, chèques-cadeaux fnac.com, cartes de téléchargement, téléchargements, tirages photos, cartes téléphonie, abonnements téléphoniques et internet, billetterie et voyages ». Or les conditions, dont jamais on ne m’a informé, étaient d’avoir effectué au moins 4 achats d’un montant cumulé de 2000 euros minimum lors des 12 derniers mois ou avoir effectué au moins 18 achats lors des 12 derniers mois (je vous ai épargné les fautes d’orthographe et de syntaxe).
Deux mille euros minimum ! Plus que le montant du SMIC, qui est de 1466,62 euros pour trente-cinq heures de travail hebdomadaire. J’ai beau, comme vous le savez, être très riche, je déteste être pris pour un pigeon. Si bien que la FNAC, qui espérait pousser les clients à la dépense, va obtenir le résultat inverse : dorénavant, je ne lui achèterai plus rien. Après tout, à Paris, d’autres grands magasins vendent les mêmes articles, et le BHV n’est pas si mal approvisionné.
NB : ce doit être un autre effet Bolloré, puisque ce requin envisage d’acheter le quart de la FNAC. Qui, par conséquent, adopte par avance ses méthodes.
NB2 : je prie les requins de bien vouloir m’excuser. Ces animaux sont beaucoup moins dangereux que Vincent Bolloré.