Comment écrire mal (en une seule leçon)
Dans le numéro de « Valeurs actuelles » paru aujourd’hui, je lis en page 67, dans la rubrique théâtrale, un article de Jean-Luc Jenner qui fait une critique mi-figue mi-raisin sur la pièce d’Alexis Michalik Le porteur d’histoire, laquelle se joue à Paris, au Théâtre des Béliers.
L’auteur de l’article estime que le spectacle est agréable, mais en même temps décevant, par manque d’ambition. Et il conclut ainsi : « Nous, on l’aura compris, on rêve d’autre chose ».
Moi aussi, je rêve d’autre chose : que, dans un journal toujours bien écrit, on évite de commettre une phrase aussi maladroite ! Vous ne voyez pas en quoi elle est maladroite ? Remarquez plutôt ces deux ON qui se télescopent dans la même phrase, le premier désignant les lecteurs de l’article (il eût mieux valu écrire « Vous l’aurez compris »!), et le second étant mis à la place d’un JE désignant l’auteur de l’article lui-même.
Je sais, je sais, Molière a été aussi maladroit dans la dernière scène de Tartuffe, la célèbre et très longue tirade de l’Exempt, où le pronom IL désigne Louis XIV (aux vers 1913, 1914, 1919, 1924, 1929, 1934, 1935, 1939 et 1944) et Tartuffe (aux vers 1921 et 1933, sans compter les CELUI-CI, SON, SA, SES et LUI). Il bâclait, Jean-Baptiste ?
(Ça y est, c’est fichu, je viens de dénigrer Molière. Les portes de l’Académie française viennent de se refermer à jamais pour ma pomme. Stéphane, tu iras sans moi)