Éloge de Néron
J’ai souvent pris la défense de Néron, empereur de Rome, et qui malgré ses quelques ridicules comme de vouloir concourir aux Jeux Olympiques (pour la course de char, mais il est tombé avant l’arrivée !), n’a jamais été l’abominable tyran qu’ont décrit quelques littérateurs, dont Racine – lequel, dans une de ses deux préfaces à Britannicus, tente de se justifier, mais si maladroitement qu’on ne le croit pas.
Cependant, bien avant Racine et Henryk Sienkiewicz, l’auteur polonais de Quo vadis, il y avait eu Suétone, qui a écrit Les douze Césars. Dans cet ennuyeux bouquin (je l’ai lu), il ne rend grâce qu’à Jules César et à Auguste, mais les dix autres sont des monstres, vus par lui. De Néron, il prétend qu’il a mis le feu à Rome, qu’il a fait brûler des chrétiens pour éclairer la Ville éternelle, qu’il était à la fois avare et dépensier, qu’il courait les cabarets la nuit, y frappait les dîneurs et les jetait dans les égoûts (!), qu’il pillait les boutiques et revendait chez lui son butin, et autres sottises. Le plus pittoresque est que Suétone est né... un an après la mort de Néron, qu’il n’a donc été témoin de rien, et que, tout comme plus tard Shakespeare calomniant Richard III, il n’a fait que répéter les ragots colportés dans sa propre classe sociale, les aristocrates, qui haïssaient Néron parce que le peuple l’adorait pour sa générosité. C’est un peu comme si les historiens de l’avenir se documentaient sur notre époque en ne lisant que « Le Figaro » et « Valeurs actuelles ».
Rappelons qu’après l’incendie de Rome, en juillet 64, l’empereur a ouvert aux réfugiés son propre palais, la Maison Dorée, d’ailleurs très endommagée par le sinistre, et s’est activé à leur assurer le ravitaillement en faisant venir, via le port d’Ostie, du blé importé des autres provinces.
Et puis, dernier détail : sous le règne de Néron, l’empire n’a pas connu la moindre guerre !
Alors, bien sûr, il a fait exécuter sa mère, Agrippine la Jeune, mais c’est bien elle qui avait commencé.