Boum ! Vite, des fleurs et des bougies !
Ils me paraissent bizarres, comme des caricatures vivantes, ces bipèdes ultra-sensibles qui se disent « traumatisés » pour s’être rendus après coup sur les lieux d’un attentat, et clameront ensuite qu’ils sont adeptes du « vivre ensemble » et qu’il urge d’aller « boire un verre EN terrasse ». Ceux-là pensent être allés au bout de l’humanisme, parce qu’ils ont déposé sur place les sempiternelles fleurs et bougies, et ont écouté une chanteuse sur le retour interpréter une chanson de John Lennon. Naturellement, pour faire comme tout le monde, ils sont « sous le choc », même s’ils ignorent ce qu’implique cette expression passe-partout qui vous tape sur les nerfs à force de revenir sans cesse dans les radio-télés.
Pour ma part, je dois être très peu sensible, puisque j’ai vraiment assisté à un attentat, et pas après coup : je me trouvais à dix mètres d’une bombe qui a explosé, pulvérisant un magasin devant lequel je passais avec deux copains en sortant d’un cinéma. Le bruit a été si violent que je suis resté sourd de l’oreille droite pendant deux jours pleins ; un peu plus violent qu’après un concert de rock à Bercy, ce que j’ai aussi expérimenté, mais tellement plus court que cela paraît moins pénible que les glapissements de la chanteuse dont je parlais dans le paragraphe précédent. Eh bien, le croiriez-vous ? Je n’ai pas été traumatisé, et me suis contenté d’aller consulter un oto-rhino-laryngologiste, qui m’a certifié que je n’avais rien de grave et que ça passerait tout seul. Et, en effet...
Mais je dois être un monstre d’insensibilité, qui n’allume aucune fleur, ne dépose aucun bouquet de bougies, et ne chiale même pas devant Madonna chantant Lennon.