Des cancres à l’Académie ?
Je suis très content de moi (qui a crié « Comme toujours ? »). Hier, en effet, j’ai pris en défaut... l’Académie française ! Je vous explique.
L’Académie possède un site Internet assez complet, que je consulte de temps en temps. On y trouve une page où il est possible de poser une question ou de faire une suggestion, et d’autres pages traitant de sujets assez généraux, inspirés justement des questions posées par les visiteurs. Or, hier donc, par curiosité, j’ai consulté cette page, et elle commençait par un sujet brûlant, le pluriel des mots étrangers, dans le style « Faut-il leur appliquer le pluriel utilisé dans leur langue d’origine, ou faut-il se servir du français usuel, en plaçant un S à la fin » ? Par exemple, le nom scénario, italien d’origine, peut s’écrire scenarii avec le pluriel italien, et scénarios en français. Que préférer pour ne pas exciter l’ire des foules ?
Franchement, je m’en fiche, mais je suis curieux, j’ai donc lu la suite de l’article. Le rédacteur de cette page disait sa préférence pour le pluriel français, scénarios, mais il a eu la mauvaise idée de donner d’autres exemples, et d’ajouter qu’on pouvait ainsi écrire « un touareg, des touaregs ».
Double bourde !
Vous voyez sans doute la première : Touareg est un nom de nationalité, donc il doit prendre une majuscule, comme je viens de l’écrire par le plus grand des hasards. L’abandon des majuscules fait-il donc partie des « préconisations » de l’Académie, sous l’influence des gens qui colonisent Internet et ne connaissent plus ni les majuscules ni la ponctuation ?
Pour la deuxième bourde, on la remarque si on possède un brin de connaissance des langues étrangères. Il se trouve que le nom Touareg est DÉJÀ un pluriel, celui de Targui ! Il est donc inutile et fautif de le pluriéliser en lui ajoutant un S final. Au Sahara, endroit de la planète qui ne m’est pas tout à fait étranger – mais aux Académiciens, apparemment si –, nul ne se rendrait ridicule en disant « UN Touareg ».
Donc : un Targui, des Touareg. Et sans S ! Ou alors, permettez-moi d’écrire un journaux, un travaux, un vitraux, un coraux, un animaux, un végétaux, un chevaux, un émaux. (Trouvez d’autres exemples)
Rigolons un brin, ce genre de faute revient régulièrement, et chez des gens censés connaître la question, qui s’expriment en public, par la parole ou par l’écrit. Si bien qu’on entend à longueur de journée un taliban ou un moudjahidine – et, autrefois, un fellagha. Ces mots sont des pluriels ! Variante : un peshmerga et un CRS. Là, ce sont des mots collectifs.