Coupable mais pas responsable
Aujourd’hui, la Cour de Justice a rendu son verdict dans le procès contre Christine Lagarde, directrice générale du Fonds Monétaire International, et qui fut ministre des Finances de Sarkozy. On lui reprochait d’avoir dit amen à l’indemnisation de Bernard Tapie, qui a ainsi reçu quelques pincées de millions, payés avec notre poche. Dont une partie pour le consoler du « préjudice moral » qu’il avait subi, disait-il, de la part du Crédit Lyonnais, une banque alors nationale au moment des faits. En somme, les salauds qui avaient dévalisé Nanard, c’était nous. Or, depuis, cet arbitrage a été cassé, comme on dit. Donc, il était illicite, et madame Lagarde n’y était pas pour rien.
Alors, cruelle, la Cour de Justice ? Non, heureusement ! Car Cricri, non seulement n’a écopé d’aucune peine de prison, mais sa condamnation ne sera même pas inscrite sur son casier judiciaire. Une condamnation fantôme, en quelque sorte. Plût à Dieu que nos impôts soient, dans l’avenir, aussi fantômatiques.
Pourquoi cette indulgence ? La Cour s’est expliquée dans les attendus de son verdict. C’est en raison de « la notoriété » de la condamnée, et notamment du fait qu’elle était alors ministre de la République. Tiens ! On croyait que c’était justement pour juger (et condamner, éventuellement) les ministres que ce tribunal avait été créé !... Et l’apparente sévérité du texte de la condamnation est une aimable plaisanterie, puisqu’il y est rappelé que les ministres ne doivent pas être au-dessus des lois. Mais si, messieurs les juges, vous venez de prouver le contraire !
On voit par là combien l’égalité de tous devant la Justice est un principe sacré, chez nous, et jamais piétiné par nos magistrats, qui s’appuient sur lesdits principes, mais pour mieux les faire céder, comme ont dit conjointement Édouard Herriot et Talleyrand (je crois qu’ils étaient intimes). Mais alors, pourquoi ne pas annuler la condamnation de Cahuzac ? Si on y songe un instant, Cahuzac n’a pas volé un seul centime à la Nation, il s’est contenté de ne pas déclarer le compte bancaire qu’il avait ouvert, en Suisse d’abord, à Singapour ensuite. Et l’argent qu’il y avait mis, il l’avait gagné dans sa clinique.
Mais la Justice est bien faite partout. Voyez le Luxembourg : aujourd’hui, on y a condamné trois hommes qui avaient dénoncé les magouilles financières commises dans ce pays par diverses banques. Eux, sans doute, n’avaient pas une « notoriété » suffisante, ces niais.