Gaypride, lourde et lente
Il faut croire que, cette année, le cortège de la Gaypride avait reçu des instructions, dont celle-ci : avancer le plus lentement possible. Disons, à la vitesse de Marlon Brando émettant une réplique de deux lignes (en gros, ça lui prenait vingt-cinq minutes). De sorte que, pour aller de la Concorde au Châtelet, il lui a fallu deux heures et demie. Mais je suppose qu’en chemin, les manifestants se sont arrêtés au Louvre afin de voir si la Joconde était toujours en place, derrière l’habituelle barricade de Japonais.
Ce que j’ai VU ? À peu près rien. En tête, derrière les voitures de la police, le GMC (non, pas la General Motors Truck Company, mais le Gai Moto Club, une association de motards gays, dont les cinq membres du Bureau – Olivier, Daniel, Marc, Fernando, Sylvain – se posent la question cruciale suivante : « Quels sont les ingrédients d’une bonne balade en moto ? ». Réponse : piétiner la langue française, je suppose, car on ne circule pas EN moto, mais À moto – je rappelle que en signifie dans). Puis une bande de jeunes jouant du tambour en tapant dessus comme des sourds. Le tout, suivi du camion qui est là tous les ans, chargé d’une cargaison de filles et de garçons si fiers d’être à part... qu’ils se ressemblent tous.
Je n’ai donc rien vu d’intéressant, mais, à croire que Nagui avait lancé sa célèbre consigne « Faites du bruit ! », j’ai entendu beaucoup de vacarme, qui semblait émaner d’une boîte de nuit, quoique en plein air : des tas de demeurés hurlant et sautant sur place, avec, évidemment, les bras en l’air, faute de quoi on écope d’une contravention pour outrage au conformisme. En fait, j’ai passé mon temps à me poser cette question, que je vous soumets : comment se fait-il que des individus qui se proclament différents, les homosexuels, s’appliquent à afficher, en matière de musique, des goûts aussi plats et sans originalité ?
Comme disent ces deux lamentables clowns que sont Éric et Quentin (ils viennent de sortir un film qui s’est ramassé dans les grandes largeurs, et que le public et la critique ont littéralement lynché) : j’attends vos réactions !
(Mon titre fait référence à un roman d’André Hardellet, Lourdes, lentes, que le ministre de l’Intérieur Raymond Marcellin fit condamner pour outrage aux bonnes mœurs en 1973, parce que le narrateur, au début, était un garçon de douze ans)