Bide annoncé pour l’écriture inclusive
J’espère – et je crois – que cet engouement ridicule et très limité pour l’écriture inclusive va déboucher sur un bide. Je l’espère parce que je crois que les féministes sont en train de se couvrir de gloire, celle qui salue les beaux projets voués d’avance à l’échec. Et je le crois parce qu’il y a une excellente raison pour tout cela échoue. Pourquoi ? C’est très simple.
Nous apprenons à parler bien avant d’avoir l’intention d’écrire. L’écriture n’est que la trace des mots qui ont été dits, et il est évident que les hommes ont parlé avant de seulement songer à les rédiger pour en garder une trace. Or l’écriture inclusive est une complication, non seulement inutile parce que d’origine politique, mais qui ne peut pas se concrétiser oralement. Comment les activistes de ce gadget purement visuel sauront-ils prononcer une expression aussi alambiquée que les auteurs·e·s ? Comment feront-ils entendre cette orthographe bizarre, qui n’a rien de naturel ? D’ailleurs, Littré dit que « La fin (il veut dire “le but”) de l’orthographe est de peindre la parole par des signes, qui, selon leur destination une fois fixée et convenue, deviennent l’image des sons particuliers qui entrent dans la composition des mots ».
Curieusement, je n’ai entendu personne avancer cet argument, qui me paraît pourtant décisif. Les intellectuels trouveront peut-être un truc quelconque pour s’en sortir, mais le peuple ? Je le vois mal entrer dans ce jeu stupide.