Stéphane Bern est « incroyable »
Il ne vous a peut-être pas échappé que les tics verbaux dont nous enchantent les zozos qui travaillent dans les radio-télés sont l’objet de ma fidèle attention. Chacun œuvre dans sa catégorie. Il y a les intoxiqués du pénible « Voilà ! », d’autres consacrent leur vie à « En fait », et on remarque même cette préposée à la lecture des bulletins météorologiques sur France Inter, la chère Marie-Pierre Planchon, qui restera dans l’histoire de la radio pour avoir inventé la notion de « petit degré », qu’elle réserve aux températures basses : dès qu’elles baissent, entre zéro et cinq, elle place son favori, et dira par exemple qu’il fera « un petit degré à Strasbourg ». Hélas, on attend toujours qu’elle inaugure le « gros degré » dans les cas inverses.
Néanmoins, je pense que le sens de l’équité qui me caractérise me pousse à réparer un oubli : j’ai omis d’inclure Stéphane Bern dans ce panthéon sonore. Or Stéphane est digne autant qu’un autre d’y entrer avec les honneurs. Je le connais depuis des années, depuis ses débuts dans l’émission qu’il a pilotée durant onze ans, le Fou du Roi, avant de la quitter parce que Philippe Val, le directeur de France Inter à cette époque, lui avait promis de ne pas virer Didier Porte, pour avoir prononcé trois fois le verbe enculer dans son émission du matin. Bien entendu, l’honnête Val n’avait pas tenu sa promesse et n’avait pas renouvelé le contrat annuel de l’humoriste – méthode hypocrite pour que nul ne puisse lui reprocher de l’avoir renvoyé. Outré, Stéphane avait démissionné de France Inter, était passé sur RTL, et avait emmené toute son équipe avec lui. Ils y sont encore.
Or le cher Stéphane a un tic verbal : chaque fois qu’un fait ou un personnage l’étonne, il le commente d’un mot immuable : il s’écrie que c’est « Incroyable ! ». Le réflexe, comme tous les réflexes, est systématique, et jamais il n’utilise un autre terme, histoire de varier un peu. Je reconnais que, jusqu’aujourd’hui, jamais je n’avais compté les occurrences de cette manie, mais, ce jour, l’invité, le cinéaste Xavier Dolan, ne m’intéressant pas le moins du monde, j’ai mentalement fait le compte des « Incroyable » de Stéphane. Eh bien, en cinquante minutes d’émission (elle dure une heure et demie, mais le podcast est amputé de toutes les pubs de RTL), il l’a placé huit fois. Avouez qu’à ce stade, c’est pathologique.
Je n’ai pas osé lui envoyer un message pour le remettre dans le bon chemin, car je n’ai aucune raison de le froisser. C’est un type très bien, quoique familier des Macron, et parfaitement élevé. Donc je le laisse poursuivre son existence et multiplier ses dérives. Après tout, les auditeurs de RTL, dont le Q.I. se mesure lui aussi en petits degrés, ne méritent pas mieux.