Parler le vrai français
Longtemps, la France a passé pour un pays où les mathématiques étaient à l’honneur. D’ailleurs, Cédric Villani, célèbre mathématicien (médaille Fields) a réussi à se faire élire à l’Assemblée nationale. Mais, apparemment, c’est fini, et il n’aura aucun successeur !
En effet, voici le honteux – et partiel – classement des élèves en mathématiques, qui montre la décadence de notre cher et vieux pays pour l’année 2019 : Corée du Sud, 600 points ; Japon, 593 ; Irlande du Nord, 566 ; Angleterre, 556 ; Moyenne européenne, 527 ; France, 485 ; Chili, 441.
Nous sommes donc avant-derniers. Comment avons-nous pu faire ce fabuleux grand bond en arrière ?
Mon explication réside dans la dégradation générale du langage baragouiné par la population française, à laquelle participent les enseignants, au premier rang desquels figurent les professeurs de mathématiques, jadis plus consciencieux. Or cela semble relever du passé, glorieux, mais révolu.
Messieurs les professeurs de mathématiques, sachez améliorer vos méthodes en étant enfin plus rigoureux dans votre langage. D’une façon générale, en employant toujours le mot EXACT. Et cessez de vous comporter comme la quasi-totalité de la population française, celle qui confond hauteur et altitude, technique et technologie, météo et climat, température et degrés (Ah, les « petits degrés » de Marie-Pierre Planchon !), démolition et chute (pensez au Mur de Berlin), États-Unis et Amérique, débuter et commencer, très et trop, évident et facile, soi-disant et prétendu, langue et nationalité, apocalypse et fin du monde, satire et satyre, amant et copain, fixer et corriger, deux semaines et quinze jours (2 × 7 = 15), stupéfait et stupéfié, savoureux et gourmand, aréopage et aéropage... Bon, j’arrête.
Je vous suggère un truc très facile à mettre en œuvre, qui vous permettra de ridiculiser la confusion collective entre nombre et chiffre, qui relève bien des mathématiques. Passez au tableau (je n’écris pas « tableau noir » comme dans les journaux, car personne ne s’exprime ainsi dans la vie réelle), et tracez à la craie un petit 9 et un grand 1. Puis posez la question : « Quel est le plus grand chiffre ? ». Il y a quelques chances que vos élèves répondent que c’est 9.
Vous leur expliquerez alors qu’ils ont confondu les mots chiffre et nombre, et les notions de taille et de valeur numérique. Dans le cas présent, le chiffre le plus grand (par la taille du dessin tracé au tableau), c’est le 1, et relisez plutôt le paragraphe précédent. Ensuite, décortiquez tout ça, et tâchez de leur montrer où gisait l’erreur.
(Je ne connais guère de professeurs de mathématiques qui ne feraient pas la même erreur. Preuve qu’ils ne savent pas de quoi ils parlent et que leur vocabulaire est déficient)