La légende des sables mouvants
Il y a quelques années, me remémorant quelques films qui incluaient ce genre de scène, je m’étais interrogé avc beaucoup de scepticisme sur le phénomène des sables mouvants. Par exemple, dans Lawrence d’Arabie, le colonel Lawrence assiste impuissant à l’engloutissement d’un de ses amis, en plein désert, dans le sable. Il me semblait que la densité du sable, même mélangé à l’eau, étant quasiment le double de celle du corps humain, le principe d’Archimède excluait que le plus léger puisse s’enfoncer dans le plus lourd. D’ailleurs, le sable n’étant pas un corps très fluide, même un corps de densité supérieure ne s’enfoncerait pas. Faites l’expérience à la plage, et posez un objet très lourd sur le sable : il le tassera certainement un peu, mais ne s’enfoncera pas jusqu’à disparaître – et ce, quand bien il serait aussi lourd que l’esprit de Sarkozy.
J’avais bien tenté, à l’époque, de poser la question sur Internet à quelques personnes plus calées que moi, mais vous connaissez les spécialistes, tous croient que n’importe qui parle leur jargon, et je n’avais reçu que des réponses fumeuses auxquelles je n’avais rien compris.
Or, aujourd’hui, et tout à fait par hasard, je suis tombé sur un site passionnant – et bien écrit, ce qui ne gâte rien : sornettes.free.fr. En suivant les liens indiqués, j’ai pu lire deux articles sur les sables mouvants, qui possèdent un double avantage. D’une part, ils confirment ce que je pensais : on ne PEUT PAS être englouti par des sables mouvants, mais seulement y rester coincé... si on se débat et si on n’est pas secouru ; et, d’autre part, ils donnent l’explication que je cherchais sur l’engloutissement (partiel) des imprudents. Voici donc cette explication, donnée par Jacques Abadie (On se noie dans les sables mouvants, Le dictionnaire des idées reçues en science, article paru dans « La Recherche » en octobre 2007).
Les sables mouvants sont un mélange d’eau, d’argile, de sel et d’environ 40% de sable. Le sel empêche les grains de se repousser, ce qui favorise leur agrégation, tandis que la viscosité élevée de l’argile (la viscosité, c’est le contraire de la fluidité : l’eau est fluide, le caramel est visqueux) stabilise quant à elle la structure en empêchant l’empilement des grains de sable de s’effondrer sous leur propre poids.
Lorsqu’une personne se débat pour tenter de sortir d’un sable mouvant, ses mouvements ont pour effet de diminuer la viscosité du sable et de liquéfier l’argile, et la structure s’effondre : le sable tombe vers le fond, l’eau remonte. La densité du sable devient alors si importante que les pieds de la victime y restent coincés, voilà le point important. Pour s’extraire, il lui faudrait une force d’une intensité comparable (un million de newtons) à celle nécessaire pour soulever une voiture ! La croyance selon laquelle il vaut mieux ne pas s’agiter dans cette situation est donc justifiée.
Mais tout n’est pas perdu, un être humain ne pourra jamais s’enfoncer complètement, car sa densité est identique à celle de l’eau, comme je le rappelais plus haut. Résultat : il « flotte » ! En revanche, sortir de ce piège est une autre affaire : le sable agit comme un ciment. Il faut donc cesser tout mouvement brusque et laisser se reliquéfier le sable bloquant les membres ; redevenu mou, il ne les bloquera plus. Le problème est alors que l’individu piégé n’a rien sur quoi s’appuyer pour se sortir de là, et une aide est indispensable.
En réalité, ces légendes sur des personnes mortes noyées dans les sables mouvants viennent de ce que la plupart se trouvaient près d’un estuaire, et qu’à marée montante, une personne prise au piège meurt par noyade si elle n’est pas secourue à temps ! Autre réalité, nul n’a, semble-t-il, jamais assisté à un tel engloutissement ni ne l’a rapporté en images... non truquées.