Banc d’essai : Lénine contre Staline
Je connais quelques personnes qui abominent Staline et vénèrent Lénine. Étrange... Certes, le premier, ancien séminariste mais aussi ancien gangster (il l’est un peu resté toute sa vie), n’avait pas grand-chose de commun avec le second, qui était un bourgeois plutôt cultivé. Mais enfin, certaines atrocités commises par Staline avaient été conçues et planifiées par Lénine, et il en a été l’exécuteur zélé. Donc on peut les mettre dans les mêmes poubelles de l’Histoire.
Ce qui m’a fait penser à cela, c’est cet article paru hier dans « Le Canard enchaîné », signé par Anne-Sophie Mercier, qui rend compte d’un livre d’Andreï Kourkov, Journal de Maïdan. Elle mentionne notamment « la famine artificielle organisée dans les années 30 par les Soviétiques pour briser la paysannerie ukrainienne opposée à la collectivisation des terres », et ajoute « Bilan : plus de quatre millions de morts. La Russie n’a jamais reconnu ce génocide, qu’elle impute toujours à de “mauvaises récoltes” ».
Je connaissais ce point d’histoire, et l’on mentionnait en général trois millions de morts, mais ne chipotons pas pour des détails, comme dirait Le Pen...
Ce qui importe, c’est que ce plan avait été conçu par Lénine, mort en janvier 1924, peut-être expédié ad patres par Staline, et qui répondait à cette louable préoccupation : Lénine avait lu dans Karl Marx que la Révolution ne pouvait se faire que par le prolétariat (certains croient encore à cette fable), or la Russie, immense pays agricole, ne possédait pas de prolétariat ! Il importait donc d’en créer un. Processus : faire mourir tous les paysans qui refusaient d’abandonner leurs terres à l’État pour devenir ouvriers d’usine, et, bien entendu, les déposséder de leurs biens.
Staline a exécuté magnifiquement ce plan !
La chroniqueuse du « Canard » conclut son article par cette citation de Kourkov, répondant à une question de son fils qui désirait savoir qui, des deux, avait été le meilleur dirigeant de l’Union Soviétique : « Lénine, parce qu’il est mort plus tôt ».
C’est sans appel.