Boutez flic A
Je ne fais pas partie des groupies du président algérien Boutefliqa. Pour tout dire, je le méprise. Songez que ce redoutable affairiste était déjà au gouvernement à l’époque où son pays est devenu indépendant, en 1962 : il était alors ministre des Affaires étrangères sous Ben Bella, et l’est resté quand Boumedienne a renversé ledit Ben Bella, ce qui donne une idée de sa loyauté. Et, comme la plupart des pontes du FLN – le parti unique au pouvoir –, il s’est prodigieusement enrichi. Après une traversée du désert, il est revenu à la tête de l’État, appelé par l’armée, termine actuellement son troisième mandat, et se présente pour un quatrième, alors que, aussi alerte que l’état de la démocratie dans son pays, il semble être animé par des fils invisibles, comme une marionnette du Piccolo Teatro de Milan.
Néanmoins, un détail m’agace : la manière dont les journalistes français prononcent son nom. Tous, absolument TOUS, prononcent « Boutéflica », et si vous en dénichez un qui fait l’effort de ne pas l’écorcher, ce nom, je vous mets sur mon testament.
Certes, certes, la dernière syllabe de ce nom présente quelques difficultés aux gosiers français : ce qa n’est pas le ca de calibre ou de Casanova. Il doit se dire du fond de la gorge, n’est pas très harmonieux, et les Français ont du mal. Mais, au moins, qu’ils n’aillent pas ajouter à son nom un É qui n’existe pas en arabe ! Il suffit d’écouter quelques reportages, à la radio ou à la télévision, pour entendre comment les Arabes prononcent ce nom : « Bout’ fliqa ».
Mais non, rien à faire, les journalistes français sont tous atteints de surdité.