L’euro, une erreur ?

Publié le par Yves-André Samère

En général, je fais de mon mieux pour éviter les clichés, mais, pour une fois, et consciemment, je vais m’en permettre un : en créant l’euro, les gouvernements européens se sont tiré une balle dans le pied (il est beau, celui-là, on l’entend à peu près quinze fois par jour). Et le Front National n’est plus le seul à le dire, puisque, même à gauche, on commence à entendre des objections au maintien de l’euro.

Certes, au départ, l’intention était bonne. Notamment, le désir louable d’éviter les complications générées par les échanges entre pays. Pour ne pas trop embrouiller les choses, songez simplement au tracas que vous causait le moindre déplacement à l’étranger, quand il fallait vous procurer de la monnaie du pays où vous vous rendiez, service qu’on ne vous fournissait pas gratuitement ! Ce merveilleux système faisait que vous passiez plus de temps dans les banques ou les bureaux de change qu’à visiter des cathédrales.

Oui, mais voilà, outre l’augmentation généralisée des prix au lendemain de la création de cette monnaie unique, il y a aussi une conséquence qu’on n’avait pas prévue. Le fait, pour chaque pays, d’avoir sa propre monnaie, d’en être seul responsable, et surtout de pouvoir en changer le cours, c’était une arme précieuse mise à la disposition des ministres responsables des finances. Ils pouvaient, soit réévaluer (c’était rare), soit dévaluer, et nul ne pouvait leur contester ce droit. Les conséquences étaient diverses : quand vous dévaluiez, le pouvoir d’achat de vos administrés diminuait, mais, en contrepartie, vos produits devenaient moins chers à l’étranger, et vous pouviez les vendre plus facilement. Tout le jeu consistait donc à établir un équilibre entre avantages et inconvénients, et vous restiez libres. Avec l’abandon de cette commodité, avec la perte de cette autre possibilité de créer de la monnaie (les États-Unis, qui font marcher à tire-larigot la planche à billets, ne s’en privent pas !), les pays se sont livrés, pieds et poings liés – autre cliché – à un seul organisme sur lequel ils n’ont aucun pouvoir : la Banque Centrale Européenne.

C’est un peu le principe consistant à laisser les armes au vestiaire quand on entrait dans un saloon, et, dans le cas présent, ce n’était très malin. D’autant moins que la chose semble irréversible !

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