Diminution bidon

Publié le par Yves-André Samère

Baisser de 30 % le salaire des ministres, c’est très bien. Baisser de 30 % celui du président de la République, c’est une imposture.

Étonnement de votre part. Voici donc le raisonnement.

On est ministre pour un temps indéterminé. La plupart de ceux qui ont été investis cette semaine ne seront peut-être plus en poste après les élections législatives, soit parce qu’ils n’auront pas été élus, soit parce qu’ils auront révélé quelque insuffisance et seront donc remplacés. Je ne vais pas vous bassiner en rappelant les dizaines de précédents. Donc, un ministre est comme l’oiseau sur la branche, il ne peut pas compter sur un salaire régulier et permanent : six mois après son départ, il ne perçoit plus rien. En attendant, et malgré cette perspective, on peut estimer que 30 % du salaire des précédents ministres, c’est bien suffisant, car une grande partie de leurs frais quotidiens sont payés par l’État.

En revanche, on est inamoviblement président de la République pour cinq ans, travail stable par conséquent. Et là, TOUS les frais sont réglés par la République. En outre, à la fin de son mandat, on est largement pris en charge : voiture de fonction avec deux chauffeurs, bureaux à Paris, voyages gratuits en train et en avion, et... embauchage au Conseil constitutionnel, avec un gros salaire ! Le revenu mensuel de Sarkozy actuellement est de trente mille euros (on se demande en quoi il a besoin de bureaux, et rue de Miromesnil, un quartier chic et cher). Par conséquent, j’estime tout à fait indécent qu’un président de la République soit payé pour une fonction qu’il devrait considérer comme un honneur et qu’il a sollicitée. Je rappelle que le fondateur de la Cinquième République, De Gaulle, avait refusé tout salaire (il ne vivait que de sa retraite de général, et même ses droits d’auteur étaient reversés sur la Fondation Anne-De-Gaulle, du nom de sa fille handicapée mentale). Après sa démission, il avait de même refusé le cadeau d’un appartement à Paris, rue de la Comète.

Et puis, un peu d’arithmétique ne nous fera pas de mal. On se souvient que Sarkozy avait augmenté de 170 % son propre salaire, et même si Hollande vient de le baisser de 30 % (le salaire, pas Sarkozy, qui était suffisamment bas comme ça), un calcul très simple, et que voici, permet d’apprécier l’étendue du sacrifice : si vous augmentez de 170 % une somme de – disons – 100 euros, cette somme passe à 270 euros ; si, ensuite, vous diminuez de 30 % ces 270 euros, vous retombez à 189 euros. Donc le pactole est passé de 100 à 189 ! Vous appelez ça une diminution ?

Hollande, chers Françaizeu-Français, vous a roulés dans la farine.

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