Disney ruiné par Burroughs
Le nom du romancier Edgar Rice Burroughs est un peu moins connu que celui du héros qu’il a imaginé, Tarzan. Celui-ci apparaît dans vingt-cinq romans et deux recueils de nouvelles. Et comme j’en ai lu une dizaine (tout, je crois, n’a pas été édité en français), je puis affirmer que Burroughs était un mauvais écrivain qui, n’ayant ni mis les pieds en Afrique ni pris la peine de se documenter, écrivait n’importe quoi ; par exemple, il place des tigres en Afrique ! De plus, ses histoires sont très répétitives et stéréotypées. Les films sur Tarzan sont invariablement ridicules et ne valent pas mieux, si l’on excepte le Greystoke où débuta Christophe Lambert, avec son meilleur rôle puisque Lambert n’est pas meilleur acteur que Burroughs n’est écrivain.
Or Burroughs, la même année 1912, a créé un autre héros, beaucoup moins connu, John Carter. Rien à voir avec le jeune docteur Carter joué par Noah Wyle dans le feuilleton E.R. créé par Michael Crichton (en français, Urgences) et qui fut le seul personnage figurant dans les quinze saisons, avec 254 épisodes. Le Carter de Burroughs apparaît dans le Cycle de Mars, mais il a participé à la Guerre de Sécession ! Ensuite, il se dédouble et continue ses aventures sur la planète Mars. Un modèle de crédibilité, donc, inspiré de La guerre des mondes de H.G. Wells. Il y eut onze romans, entre 1912 et 1941, et là, je n’en ai lu aucun, bien que tous aient été édités chez nous, entre 1938 et 1995.
Il s’avère qu’un réalisateur connu, Andrew Stanton, a eu l’idée d’en tirer un film, John Carter, et a convaincu la firme Disney de le produire. Stanton n’est pas n’importe qui, c’est un pilier de Pixar, et il a réalisé Wall-E et Le monde de Nemo, qui sont des chefs-d’œuvre du cinéma en images de synthèse. Or son John Carter, qui a coûté environ 350 millions de dollars, a connu un terrible bide : 30,6 millions pour le premier week-end, ordinairement le plus rentable, et 184 millions en tout, y compris avec les recettes à l’étranger. À titre de comparaison, Wall-E avait ramassé 521 millions, et Le monde de Nemo, 868 millions. Bilan déclaré par Disney le 19 mars : 200 millions de pertes !
On estime que Stanton, au lieu de rester dans son domaine, l’image de synthèse, où il est le maître, a voulu un film avec des acteurs, inconnus de surcroît ! Or Disney n’avait aucune raison de ne pas faire confiance à un réalisateur à succès. Aujourd’hui, les dirigeants de la firme se mordent les doigts.