Du langage dans les films traduits
Hier, j’ai regardé un film de guerre de Lewis Milestone, La gloire et la peur (en anglais, Pork chop hill). Avant-hier, j’ai revu le très bon film de John Guillermin, adapté d’Agatha Christie, Mort sur le Nil (en anglais, Death on the Nile). Jeudi, j’avais revu le chef-d’œuvre de John Ford, La poursuite infernale (en anglais, My darling Valentine). Et ce triple visionnage m’a remis en mémoire une bizarrerie des versions françaises, doublées ou sous-titrées, qui semblent militer en faveur de la réouverture du bagne de Cayenne au profit des traducteurs.
Résumons : dans le premier cité, comme dans TOUS les films de guerre de langue anglaise, un subordonné s’adresse à un supérieur en lui disant « Sir », donc « Monsieur », quel que soit le grade dudit supérieur. Mais dans l’armée française, on doit donner au supérieur, s’il a un grade plus élevé que celui de sergent-major, ledit grade précédé du mot « mon » : donc de mon adjudant à mon général. Si les traducteurs s’en tenaient à la terminologie anglaise et respectaient la coutume du pays concerné – qui n’est donc pas la France –, il n’y aurait aucun problème de traduction, mais non : ils se lèvent la peau pour préciser ce grade, et si celui-ci n’est pas apparent dans la scène, ils inventent ! Notez que la réciproque est tout aussi absurde : dans Les sentiers de la gloire, film de Stanley Kubrick, qui se passe essentiellement dans les tranchées en France pendant la guerre de 14-18, les soldats français ne cessent de brailler “Yes Sir!” en s’adressant à Kirk Douglas, qui joue le colonel Dax, français aussi.
Dans Mort sur le Nil, rien que du classique : le crime a été commis avec un petit pistolet, que le spectateur voit à maintes reprises, mais le sous-titreur parle systématiquement de revolver... alors que le dialogue fait bien entendre pistol. Ne devrait-on pas obliger les faiseurs de sous-titres à faire un stage dans l’armée, ou leur donner l’adresse d’une armurerie ? (Il y en a une rue Vivienne, près de la Bourse)
Enfin, dans tous les westerns depuis que j’en vois, chaque fois que le dialogue parle d’un marshall, ça ne rate pas, le faiseur de sous-titres ou de dialogue français traduit par shériff. Quand une mauvaise habitude est prise, impossible d’y remédier. Rappelons que ces deux fonctions ne sont pas équivalentes, le marshall fait régner l’ordre en ville, et le shériff, à la campagne. Confondre les deux, cela équivaudrait, en France, à faire d’un commissaire de police un commandant de gendarmerie ! J’en connais qui seraient ravis, connaissant l’affection mutuelle que les deux corps se portent.