Enseigner, oui, mais comment ?

Publié le par Yves-André Samère

Je n’ai guère de notion des métiers de l’enseignement, qui ne m’ont jamais intéressé, mais je suis sûr au moins d’une chose : un instituteur ou un professeur devrait toujours se mettre au niveau de compréhension de ses élèves. Attention ! Je ne prétends pas qu’il doit parsemer son cours de « C’est clair » et de « Voilà ! », n’écrire au tableau qu’en SMS, dire « Qu’est-ce que t’as ? » plutôt que « Qu’as-tu ? », ou demander, comme les institutrices de Normandie, « Où c’t’y qu’t’as mis ta carte ? » (pour « Où as-tu rangé ton cartable ? » – le calva dès potron-minet a de ces effets !). En revanche, ne JAMAIS employer un mot sans s’être assuré que tous ses élèves le connaissent, c’est élémentaire, mon cher Watson. Or tous ne s’en assurent pas, je dirais même : quasiment aucun. C’est beau, la confiance dans le savoir d’autrui.

J’ai eu un professeur de français qui, peu soucieux du niveau de ses élèves, planait très haut au-dessus de sa classe, et qui, un jour, discourant sur la pièce de Molière Le misanthrope, avait dit qu’Alceste était « né atrabilaire ». Or un de nos camarades, prénommé Chadli, qui était arabe, ne connaissait pas ce mot (je pense d’ailleurs qu’aucun des autres, français de souche, ne le connaissait non plus). Et ledit camarade, qui prenait tout en note car il voulait briller, avait écrit sur son cahier « Alceste est né à Trabilère ». C’est une jolie ville, Trabilère ? Vous y êtes allés en vacances ? On a posé une plaque afin de rappeler aux touristes qu’Alceste y a vu le jour ?

Un autre de mes professeurs, qui enseignait l’histoire et la géographie, avait plusieurs fois mentionné le stadhouder de Hollande. Inutile de dire que, âgés de douze ans et demi à quinze ans, aucun de nous n’était très familiarisé avec la langue néerlandaise, et nous n’osions pas non plus demander une explication, car cet imbécile se doublait d’une brute épaisse, et cognait chaque fois qu’il en avait l’occasion (parents, gardez un œil sur le professeur de vos enfants : comme dans un film avec Eddie Constantine, Cet homme est dangereux). Nous faisions donc semblant d’avoir compris, hochant consciencieusement la tête comme sur le dance floor d’une boîte de nuit. Imaginez si les cours d’histoire-géographie remportaient un grand succès ! Nous étions idéalement préparés pour le brevet des collèges.

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