Haro sur le Petit Robert !
Je ne sais si je l’ai déjà dit, j’ai peu de considération pour le dictionnaire Robert, parce qu’il admet comme corrects des mots ou des prononciations qui relèvent d’une erreur manifeste ; or la politique de la maison relève, elle, de la démagogie : dès lors qu’un nombre suffisant (?) de personnes commet – ou commettent – une faute, cette faute est lavée par le Robert de sa tache originelle, et elle « devient » valide par l’opération du Saint-Esprit.
Hier, je me suis trouvé par hasard dans une bibliothèque où se trouvait, à portée de ma main, la dernière édition du Petit Robert, un ouvrage que je n’ai jamais consulté pour la raison expliquée plus haut. Curieux, je l’ai ouvert, et j’ai cherché le verbe argüer, dont j’ai parlé ici le 21 juillet dernier dans un article intitulé « Aaargh ! ». J’y signalais que le français comporte deux verbes, argüer et arguer, qui ont la même orthographe si l’on ne tient pas compte des prudentes recommandations de l’Académie française (placer un tréma sur les « U » qui doivent se prononcer), mais qui n’ont pas du tout le même sens ni la même prononciation. Le premier est de la même famille que le nom argument, le second se réfère à un instrument très peu connu, l’argue, qui sert à réduire le diamètre d’un fil métallique par les bijoutiers.
J’ai donc voulu vérifier si le Petit Robert connaissait cette distinction.
Eh bien non ! S’il rappelle la définition et la prononciation du verbe argüer, il ignore totalement aussi bien le verbe arguer que l’instrument cité ! Les deux sont absents du « dictionnaire »…
Envoyez vos protestations au cher Alain Rey, que tout le monde place sur un piédestal. Il a une culture immense, mais son dictionnaire doit être conçu par des rédacteurs sous-payés.