Icebergs à géométrie variable ?

Publié le par Yves-André Samère

Je parlais hier des chaînes de télévision qui transforment leurs téléspectateurs en crétins patentés. Mais France Inter, simple radio, est néanmoins bien placée dans cette course. Aujourd’hui, dans son émission La tête au carré, à 14 heures sur cette radio, Mathieu Vidard avait choisi de parler de l’Antarctique, le continent du futur. Il avait invité Yves Sciama, journaliste scientifique, envoyé spécial en Antarctique, et qui a coordonné un dossier portant ce titre pour le numéro Hors Série de « Science et vie » qui paraît ce mois. Il y avait aussi Philippe Koubbi, océanographe biologiste, spécialiste de l’écologie des poissons polaires.

Comme j’ai pris l’émission en marche, je n’ai pu savoir lequel des deux invités parlait. Il était question de la banquise de l’Arctique, et l’invité en cours a prononcé TEXTUELLEMENT cette phrase : « Les icebergs fondent et font monter le niveau de la mer ».

Il faudra quelque jour qu’on s’interroge sur la qualité des invités auxquels on tend un micro de la radio nationale, et qui, de ce fait, acceptent de supporter une certaine responsabilité ; réfléchir également au niveau de compétence des animateurs qui ne protestent pas quand leur invité profère une ineptie. N’importe quel lycéen ayant connaissance du principe d’Archimède sait très bien qu’un morceau de glace flottant sur un liquide ne fait absolument pas monter le niveau de ce liquide lorsqu’il fond ! Pas même d’un millième de millimètre ! Ce n’est pas une supputation, c’est un fait scientifique facile à vérifier : placez un ou plusieurs glaçons dans votre verre de whisky (moi, je préfère le jus de tomate avec une giclée de jus de citron vert, mais ça ne change pas fondamentalement la démonstration), marquez au feutre, sur le verre et de préférence à l’extérieur, le niveau atteint par le liquide, attendez que la glace ait fondu, et constatez par vous-même que ce niveau est resté strictement le même. L’explication est facile à trouver, vous la dénicherez sans peine dans Google ou ailleurs, par exemple dans un livre de physique.

Mais des centaines de milliers d’auditeurs pas très branchés sur la physique, justement, auront sans doute gobé cet énorme bobard. Un de plus, et proféré par un scientifique.

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