J’ai été reçu par le pape
C’est une bonne blague, cette histoire de Jérôme Kerviel, aujourd’hui taulard, qui a été « reçu par le pape ». À ce compte-là, moi aussi, j’ai été reçu par le pape.
Il faut savoir que tous les papes accordent régulièrement des audiences publiques. Lesquelles, comme l’indique ce mot, n’ont pas lieu dans les appartements réservés au pontife, mais tout simplement dans l’immense basilique Saint-Pierre, la plus vaste église du monde, ou sur la place Saint-Pierre, si le temps le permet. En milieu de matinée, le pape arrive, et comme la chose est prévue et que les agences de voyage l’ont mise à leur programme de visite, inutile de dire que la foule, parquée derrière des barrières, est compacte et qu’on ne pourrait pas faire tomber à terre ne serait-ce qu’une épingle. Et puisque j’ai assisté à ce show célèbre, qui ne mange pas de pain mais permet de booster le produit des quêtes, je peux témoigner que le pape gagne (lentement) le trône qui lui est réservé dans la basilique, devant le baldaquin de Bernini, qu’il s’y installe et prononce un petit discours. En chemin, il aura distribué à droite et à gauche quelques bénédictions machinales (ça fait partie de son job), voire adressé quelques mots aimables à tel ou tel touriste rebaptisé « pèlerin ». Et lorsque le discours est terminé, ce qui est plié en moins d’une demi-heure, le vice-dieu s’en retourne chez lui par le même chemin et aussi lentement, selon un cérémonial identique.
C’est donc ainsi que la fameuse rencontre entre Jérôme Kerviel et le pape actuel a eu lieu : Kerviel se trouvait dans la foule des touristes, rien de plus. N’allez donc pas croire qu’ils ont eu une conversation longue et approfondie sur les méfaits de la finance, les circonstances ne s’y prêtaient vraiment pas. Tout le baratin qui est né de là est l’œuvre des journalistes, dont très peu, c’est probable, ont vu de leurs yeux l’évènement.