L’Hadopi lâchée par son ministre
Tiens ! Un ministre touché par le bon sens ! Aurélie Filippetti, qui squatte le fauteuil de Jack Lang au ministère de la Culture, vient de mettre les pieds dans le plat et de reconnaître les faits : l’Hadopi ne sert à rien.
En effet, et bien que les pontes de ladite commission poussent des cris d’orfraie, madame Filipetti à l’intention de réduire les crédits qu’on lui a consentis, argüant que son bilan ne révèle aucun effet sur le comportement des internautes. Si on se met à sanctionner tous les organismes inefficaces, c’est vraiment la fin des haricots.
Rappelons quelques données. L’Hadopi emploie soixante agents et dépense 12 millions d’euros par an pour, finalement, envoyer un million de courriers électroniques aux imprudents qui se font prendre... par une société privée nantaise, TMG – propriété de Thierry Lhermitte , laquelle n’a seulement pas été capable de se protéger elle-même, puisqu’elle a été piratée et a dû subir une inspection gouvernementale ! Ajoutons, comme j’ai incité chacun à le constater il y a cinq jours, que seulement quatorze plaintes ont été déposées devant la justice, et qu’aucune condamnation n’a encore été prononcée.
Le ministre de la Culture va donc réduire sa subvention à l’Hadopi, sans aller jusqu’à lui couper les vivres, histoire de ne pas encourager les téléchargeurs illégaux. En retour, celle-ci riposte que c’est au Parlement à décider. Pas faux, mais on sait ce que vaut le Parlement quand il y a une volonté politique ; le ministère de la Culture peut toujours avancer qu’au fond, il ne s’agit que d’un arbitrage budgétaire, et que, justement, son budget a été réduit ! Au bal des faux-culs, il y a toujours pléthore de danseurs...
Dernier argument hadopien : les messages électroniques qu’elle envoie ont incité « 95 % des internautes », prétend-elle, à mettre la pédale douce sur leurs téléchargements illégaux. Mais là, c’est invérifiable, de sorte que madame Filipetti a beau jeu de nier cette affirmation un peu imprudente, et de déplorer qu’aucune consigne de clémence et de modération n’a jamais été donnée aux tribunaux.