L’illusion des biocarburants
À propos de ma dernière notule sur les éoliennes, que le langage technocratique désigne par le terme « aérogénérateurs » parce que ça fait plus savant, dont il faudrait préciser qu’elles fournissent cinquante fois moins d’électricité que les chutes d’eau, qu’il en faudrait plusieurs milliers pour remplacer une seule centrale nucléaire, et que la Chine en est le plus gros fournisseur, j’ai reçu un commentaire d’un lecteur qui se dit président d’une certaine Fédération Environnement Durable, laquelle prône les économies d’énergie (pourquoi pas ? Nous nous livrons à un gaspillage effroyable, et nos chers amis yankees font dix fois pis), le développement durable (tout le monde en parle, mais nul ne sait en quoi cela consiste) et les énergies renouvelables, un mythe qui a la vie dure.
Mais je précise tout d’abord que je n’ai pas validé le commentaire en question, car il avait un peu trop l’allure d’un copier-coller à partir d’un tract de cette organisation – or le présent bloc-notes n’est pas un panneau publicitaire –, et il était émaillé de fautes d’orthographe. Je trouve toujours assez farce qu’on veuille « présider » quoi que ce soit, et qu’on s’adresse au public sous la forme de textes qui semblent avoir été rédigés par Steevy Boulay un lendemain de cuite. Passons. (Pardon, Steevy, je t’adore, mais on peut bien rire un brin, tu sais faire ça aussi)
Les énergies renouvelables, ce sont l’énergie solaire, l’énergie hydraulique, le biocarburant, la géothermie et la biomasse. On ne va pas traiter tout cela en une seule notule, aussi, parlons aujourd’hui du biocarburant.
Le biocarburant, comme ce mot l’indique, c’est du carburant fabriqué à partir des végétaux. Normal, les carburants, ce sont des composés de carbone et d’hydrogène, or les êtres vivants également. Par exemple, le pétrole sera remplacé par un produit tiré du colza. Mais il se trouve que, pour fabriquer l’équivalent d’une tonne de pétrole, il faut cultiver environ un hectare de terre agricole. En France, rien que pour nos transports, individuels ou collectifs, nous brûlons par an 50 millions de tonnes de carburant (la moitié pour les voitures particulières). Et presque tout ce carburant est importé, car nous n’en produisons chez nous que le centième. Il nous faudrait donc disposer de 50 millions d’hectares de terres disponibles pour y cultiver le colza nécessaire. Et quelle est la superficie de la France métropolitaine, s’il vous plaît ? Seulement 55 millions d’hectares, tous les écoliers le savent.
Par conséquent, la cause est entendue, ni en France ni dans le reste du monde, on n’aura jamais la surface nécessaire pour produire les biocarburants qui remplaceraient le pétrole. Je sais bien que l’éthanol semble, à première vue, d’un meilleur rendement : trois ou quatre tonnes à l’hectare, disent les optimistes. Mais ils oublient que, pour cultiver les végétaux nécessaires à sa production, il ne suffit pas de semer, on doit encore dépenser de l’énergie pour fabriquer les engrais, faire rouler les tracteurs, récolter, compacter, transporter la récolte, puis distiller cette production. En fin de compte, on ne dépasse jamais cette limite d’une tonne de biocarburant par hectare de terre.
Exeunt les biocarburants : en 2000, on n’en a produit, dans le monde entier, que l’équivalent de dix millions de tonnes de pétrole, c’est-à-dire... 0,3% de la consommation totale.