« Le Canard » contre les liseuses
« Le Canard enchaîné » a toujours été un journal passéiste. Voir ses blagues sur les « pédés », qu’il a ressassées jusqu’au milieu des années quatre-vingt.
Aujourd’hui, il publie dans sa page 5 un article qui entend descendre en flamme les liseuses électroniques. Ou du moins, la liseuse que vend Amazon, le Kindle, deuxième version, vendu 99 euros. L’auteur ignore sans doute que cet appareil a des tas de concurrents, qui n’ont pas les inconvénients du Kindle. Mais peu importe.
Je ne suis pas farouchement favorable aux liseuses électroniques, et je l’ai plusieurs fois expliqué ici, mais du moins ai-je employé des arguments qui tiennent la route. « Le Canard », lui, est tombé pile sur le seul argument qu’il ne fallait pas utiliser : que le Kindle (et ses concurrents) serait « vorace en électricité », ce qui serait écologiquement désastreux. Or le Kindle utilise une « encre » (ce n’est pas vraiment de l’encre, mais peu importe) qui ne demande aucune alimentation en électricité tant que la page n’est pas remplacée par une autre. Au point qu’il peut n’être rechargé qu’une fois par mois. Consommation quasiment nulle, par conséquent.
Les autres arguments restent valables, surtout celui-ci : la durée de vie du livre sur papier est pour ainsi dire illimitée – plusieurs siècles au moins, et les bibliothèques regorgent de preuves irréfutables ; alors que tout enregistrement électronique risque un jour, plus ou moins proche, de ne plus pouvoir être relu, soit parce que le support se sera effacé accidentellement, soit parce qu’il n’existera plus aucun lecteur capable de le faire. Aujourd’hui, les platines tourne-disques capables de lire un disque vinyle coûtent une fortune.
Il y a aussi le fait que, pour fabriquer un livre électronique, il faut passer au scanner un livre sur papier, que cette opération est très difficile à réaliser (à cause de la reliure des livres, qui empêche de placer le livre à plat), et que le résultat est rarement relu, de sorte que les textes sont criblés de fautes.