Le chômage reculant devant la croissance ?
Dans le pays de M. Mon-adversaire-c’est-le-monde-de-la-finance, il n’est pas très bien vu de tenir ses promesses, ou de ne pas mentir. Je vais par conséquent me faire mal voir en tenant la mienne : décortiquer ce mythe de la-croissance-qui-va-faire-baisser-le-chômage – mythe encore plus coriace que celui du Père Noël.
Je vous ai annoncé que je traiterai le sujet en m’appuyant sur les statistiques incontestables de l’INSEE depuis 1960. Mais, comme cela représente cinquante ans d’archives, pas question d’entrer dans les détails, vous ne me liriez pas jusqu’au bout. Sachez pourtant que, reportées sur un tableau, elles donnent une courbe en dents de scie difficile à déchiffrer. Je vais alors « lisser » tout cela, comme on dit, et présenter les résultats par tranches de dix ans, ce qui sera plus clair et pas moins frappant. Donc, à partir des statistiques de la croissance vue comme la variation du PIB par habitant, et calculées entre 1960 et 2010, voici les moyennes décennales, cet intervalle de dix ans étant suffisant pour afficher les grandes modifications :
- de 1960 à 1969 (sous De Gaulle puis Pompidou) : croissance moyenne de 4,8 % ;
- de 1970 à 1979 (sous Pompidou puis Giscard) : moyenne de 3,5 % ;
- de 1980 à 1989 (sous Giscard puis Mitterrand) : moyenne de 1,7 %, donc chute brutale en 1981 ;
- de 1990 à 1999 (sous Mitterrand puis Chirac) : moyenne de 1,4 % ;
- de 2000 à 2009 (sous Chirac puis Sarkozy) : moyenne de 0,6 %.
Si vous reportez ces valeurs sur un graphique, vous aurez un bel escalier qui descend. Les marches sont plus ou moins hautes, mais la tendance ne se dément jamais. Nous serons bientôt à la cave.
Inutile de dire qu’avec de pareilles conditions, rêver que le chômage va refluer, cela relève de la croyance à la sainteté de « mère » Teresa. À ce détail près qu’aucun de nos gouvernants n’y croit. Ils espèrent seulement que NOUS allons y croire.