Je suis un sans-papiers !
La chose ne surprendra pas une de mes lectrices et amies, qui est déjà au courant, mais je vous dois cette révélation : je suis un sans-papiers !
Figurez-vous qu’hier matin, j’ai voulu envoyer de l’argent en Côte d’Ivoire : un de mes amis, instituteur là-bas, et qui touche son salaire tous les 36 du mois vu qu’Alassane Ouattara a magnifiquement redressé la situation économique du pays (il a été vice-gouverneur de la Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest, puis directeur du département Afrique au FMI, puis gouverneur de la même BCEAO), est dans la dèche, comme les neuf-dixièmes des Ivoiriens. Je me suis donc rendu dans deux bureaux de poste, puis dans une agence qui se spécialise dans les transferts d’argent internationaux, afin de lui envoyer ce qu’on appelait autrefois un « mandat international ». Je mentionne au passage que, il y a quelques années, la Poste m’a PERDU un tel mandat, et que, pour récupérer mes sous, il ne m’a fallu que deux ans et l’intervention du médiateur de la Poste, lequel a ordonné à cet organisme public de mettre la main à la poche pour me dédommager.
Or, partout où je me suis présenté hier, on m’a refusé ce que je croyais être une simple et banale opération ! Je n’ai donc pas le droit de faire usage comme je l’entends de mon propre argent ? Non, car je suis dans l’illégalité. Eh oui, ma carte d’identité est périmée. J’aggrave d’ailleurs mon cas en ne possédant ni passeport ni permis de conduire, donc aucun papier valide.
Ma photo figure sur ma carte d’identité ? On m’y reconnaît ? Oui, mais ce n’est pas suffisant : si, de toute évidence, j’étais bien moi jusqu’à telle date, je suis suspect d’être devenu un autre dès le lendemain. Et envoyer de l’argent en Afrique, c’est suspect, convenez ; le destinataire de mes précieux euros est peut-être membre d’Al-Qaïda, en dépit de son prénom qui est Bernard.
Voilà, désormais, ne vous fiez plus à moi, je suis suspect. Un de ces quatre matins, la police va sonner à ma porte, et on va me reconduire à la frontière. Mais pour me ramener dans quel pays ? Je suis né sur le territoire français, mes parents aussi. Dilemme.
(NB : j’ai prié Didier Porte de faire la transaction à ma place. Ce citoyen modèle a des papiers en règle)