Le déclin de Paris-Plage
Est-ce parce que Paris s’appauvrit que Paris-Plage est si minable, cette année ? Voilà deux questions qui vous passionnent, et que je vais donc traiter dans l’ordre, ci-dessous.
Paris a toujours été considérée comme une ville riche par les autres patelins, jaloux de sa prospérité. En effet, soucieuse de leur prestige générateur de profits importants, toutes les entreprises un peu cotées avaient à cœur de s’installer dans la capitale – au moins pour leur siège social et leurs bureaux. Inévitablement, la municipalité a profité de la manne des impôts locaux, qui venait s’ajouter aux loyers des immeubles que la Ville possédait et des terrains qu’occupaient, par exemple, les services publics comme la SNCF ou les ministères. Or cette manne tend à se résorber, car les occupants, écœurés de se voir plumer, désertent peu à peu la capitale pour aller s’installer en banlieue : on ne compte plus les grands journaux, par exemple, qui ont transféré leur siège de l’autre côté du boulevard périphérique, à Issy-les-Moulineaux. Quant aux firmes s’occupant de télévision ou de cinéma, elles n’ont pas à chercher loin et s’installent à Boulogne ou Neuilly. Si bien que les recettes de Paris fondent peu à peu comme neige au soleil.
Et puis, Paris s’est collé sur les bras des chantiers ruineux, comme la rénovation des Halles, dont le coût a quasiment triplé depuis la décision d’éradiquer ce qui existait déjà (et qui était désastreux, convenons-en). Pour ne rien arranger, cela commence à se voir, les services publics sont tombés assez bas, le nombre des sans-abris, même dans le centre, devient effrayant... et le gouvernement, totalement perdu, a décidé de taxer lourdement la Ville de Paris, comme en témoigne l’article paru cette semaine en page 3 du « Canard enchaîné » : c’est désormais la guerre ouverte en Hollande et Valls d’une part, et Anne Hidalgo, la nouvelle mairesse, d’autre part. On comprend que Bertrand Delanoë, ancien maire, ait préféré mettre les voiles avant que cela sente le roussi pour lui !
C’est sans doute pour cela que l’Hôtel de Ville a fait le minimum pour Paris-Plage cette année – en tout cas, pour ce que j’en ai vu sur la rive droite de la Seine. Le parcours ne dépasse pas un kilomètre et demi, n’offre aucune attraction artistique, mais uniquement des surfaces ensablées pourvues de chaises-longues bon marché – assez bonnes pour les pauvres qui n’ont pas les moyens de quitter la ville en août. Deux ou trois buvettes et glaciers, deux points réservés aux toilettes et distants de plus de six cents mètres, et, pour les amateurs de poissons, QUATRE cannes à pêche amarrées au garde-fou. Et puis, face au Palais de Justice, la seule curiosité de l’année, une Tour Eiffel miniature, d’une dizaine de mètres de hauteur, fabriquée avec... 324 chaises de bistrot repeintes en rouge. On présume que, du monde entier, les touristes vont affluer pour admirer ça.
Pour la première fois depuis que Paris-Plage existe, j’ai ressenti de la pitié à l’égard de nos édiles et de leurs concepteurs de nouveautés.