Mandela ancien « terroriste » ?

Publié le par Yves-André Samère

La semaine dernière, Yann Barthès a prouvé dans son Petit Journal que la famille Le Pen ne reconnaissait pas la grandeur de Nelson Mandela. Un extrait d’une émission télévisée montrait d’abord la fille affirmant que son père n’avait pas été chagriné par la libération de Mandela, il y a une génération, puis un autre extrait prouvait que le père avait traité de « terroriste » l’illustre ex-prisonnier.

Or tout cela venait d’une confusion que faisaient déjà les nazis au temps de l’Occupation : assimiler tout résistant à un terroriste. Et la chose a été rendue possible par un fait incontestable : que l’apartheid, régime qui croyait, non seulement à l’existence des « races », mais aussi et surtout à leurs différences, faisait de tout Noir le spécimen d’une prétendue race inférieure, et n’en démordait pas. Et cette pseudo-théorie faisait des dégâts : je pense avoir signalé que j’ai connu un lycéen ivoirien qui m’avait écrit : « Personnellement, je crois à l’existence des races ». Croyance très répandue en Afrique. Et il a été fort étonné quand je lui ai répondu qu’il parlait comme le Pen...

En fait, Mandela a d’abord été l’homme d’une organisation, l’ANC, (le Congrès national africain), qui avait été fondée bien avant sa naissance pour la défense des Noirs. Or l’ANC combattit l’apartheid avec « tous les moyens nécessaires », c’est-à-dire que la non-violence ne lui semblait pas suffisante, que Mandela prôna la lutte armée, et qu’il créa une organisation de guérilla (Umkhonto we Sizwe, c’est-à-dire « Fer de lance de la nation »), laquelle a été l’aile militaire de l’ANC. Ce groupe armé eut ses camps d’entraînement dans les pays voisins devenus indépendants, comme la Tanzanie ou l’Angola, et l’ANC entreprit des actions de sabotage qui firent des victimes. Exactement comme la Résistance en France.

De sorte que Mandela, pendant des dizaines d’années durant, a été traité de « terroriste » par les partisans de l’apartheid, dont Le Pen.

Le mérite de Mandela a été de « jeter la rancune à la rivière », comme disait Giscard, mais avec davantage de sincérité.

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Y
Oui, on aurait adopté le point de vue du vainqueur. C’est assez classique.
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D
Pour les Allemands, logiquement, les résistants étaient des terroristes, puisqu'ils semaient la terreur par leurs attentats, dans un pays conquis devenu en quelque sorte allemand.<br /> De même toute lutte armée face à un gouvernement, aussi barbare soit-il, constitué et reconnu internationalement.<br /> Enfin, c'est ce que j'ai cru comprendre. Si les allemands n'avaient pas perdu la guerre, comment aurait-on regardé nos résistants ?
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