Mort à « au final » !

Publié le par Yves-André Samère

J’ai beau être l’incarnation de la patience et de l’indulgence, j’en ai par-dessus la tête de ces mots et expressions que tout le monde rabâche à longueur de journée, par automatisme, sans s’aviser que le panurgisme joint à l’ineptie aurait de quoi rendre enragé un type aussi placide que le dalai-lama.

Ainsi, cette scie épuisante : « au final », entendue une demi-douzaine de fois par jour, un peu partout (et lue aussi, encore plus souvent). Il y a une dizaine d’années, on ne l’entendait nulle part, pour la bonne raison que, sauf erreur, elle n’existait pas. Moi, je ne l’emploie jamais, parce que, dès le premier jour, cette évidence m’a sauté aux yeux – ou aux oreilles, je ne me souviens plus des circonstances –, que c’est une horrible faute de grammaire !

Je sais, j’en ai déjà parlé, mais comme on ne me lit pas forcément tous les jours et que la répétition est la base de la pédagogie, je remets le couvert et réitère mon hypothèse selon laquelle, un jour, un farceur un peu sadique et qui devait travailler dans les médias s’est avisé que ce serait une bonne blague que de lancer dans le circuit sémantique une nouvelle expression destinée à nourrir ce monstre froid, la mode, et dont il savait bien que pas un Français sur dix mille ne s’aviserait qu’elle n’était qu’une faute grossière. Et le piège a fonctionné : toute la classe médiatique, à laquelle le public a emboîté le pas, s’est jetée tête baissée dans le piège, pourtant évident.

Bref, mettons les points sur les I : au est un ARTICLE, il ne peut précéder qu’un NOM, or final n’est pas un nom mais un ADJECTIF. Le nom qui correspond à cet adjectif, c’est finale, qui possède cette particularité d’avoir deux genres, puisqu’il est tantôt masculin (le finale d’une symphonie), tantôt féminin (la finale d’une partie de pétanque). Aucun dictionnaire, absolument aucun, ne valide final comme un nom.

Alors, je continue de dire et d’écrire enfin, à la fin, à la fin du compte, en fin de compte, au bout du compte, à tout prendre, après tout, au dernier moment, bref, décidément, en conclusion, en définitive, en dernier, en dernier lieu, en dernière analyse, en somme, pour conclure, pour (en) finir, somme toute, tout bien considéré, tout bien pesé, tout bien réfléchi, tout compte fait, (toute) réflexion faite, et même à la fin des fins.

C’est suffisant ?

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