Pain, amour, etc.
Ce matin, en descendant la rue Gay-Lussac, je suis passé devant une boutique, au numéro 22, dont l’enseigne annonçait « Pain, salades et fantaisie ». L’endroit me paraissant sympathique, j’y suis entré pour acheter deux petits pains au chocolat, et j’en ai profité pour complimenter le patron.
– Félicitations, dis-je à ce brave homme, je vois que vous êtes cinéphile.
L’incompréhension se lut dans son regard.
– Ben oui, ajoutai-je, votre enseigne me rappelle un film italien, avec Vittorio De Sica et Gina Lollobrigida.
Son regard s’illumina :
– Ah oui ! Mais vous devez faire erreur, cher client non moins cinéphile, corrigea-t-il. Ce film de Luigi Comencini s’intitule en réalité Pain, amour et fantaisie. Ce n’est pas tout à fait ce que dit mon enseigne, « Pain, SALADES et fantaisie ».
– Sans doute, sans doute, concédai-je. Mais vous ne pouvez pas ignorer qu’entre l’amour et les salades, la distance est minime, ajoutai-je finement.
Le commerçant fut à ce point conquis par mon mot d’esprit qu’il m’offrit un troisième petit pain au chocolat. Je compte renouveler cet exploit prochainement, mais dans un autre quartier. Je trouverai peut-être un commerçant qui vend du caviar. Il aura sûrement du Tétrochian.