Pécho ?
Je ne saurais exprimer le degré d’aversion que j’éprouve envers certains mots que les garçons emploient sans cesse. Parmi eux, cette horreur, pécho.
Pour les plus de trente-cinq ans, une explication s’impose : c’est du verlan ; autrement dit, cette technique de camouflage à peine moins sophistiquée que le code Enigma qu’utilisaient les nazis (tout le monde n’a pas autant d’imagination), et qui consiste à dire les mots à l’envers. Cette méthode est à la fois très sophistiquée et toute nouvelle, puisqu’elle est usitée dans toutes les cours d’école, et ce, depuis le dix-neuvième siècle au moins.
Donc, pécho, c’est le verlan de choper.
Le verbe choper, c’est de l’argot. Ainsi, nous avons la version en verlan d’un mot d’argot. Quand je vous disais que c’était sophistiqué... Et choper signifie à peu près attraper. Mais, dégradé en pécho, il ne s’applique plus qu’à la chasse... aux filles, et ses utilisateurs ne se donnent seulement plus la peine de lui donner un complément d’objet, il leur suffit de l’employer seul.
Cela donne des conversations sur ce modèle :
– T’as pécho hier soir ?
– Non, j’me suis payé un rateau, mais je compte bien pécho samedi prochain.
Etc.
Ce qui me fout en boule, ce n’est pas (uniquement) la vulgarité de ce mode d’expression, c’est aussi et surtout le mépris qu’il traduit. Pour ces blaireaux, les filles, c’est du gibier, et seulement du gibier, qu’on attrape. On n’est plus très loin du viol.
Désolé, je ne suis pas de ce bord.