Perdu dans un roman ?
Il arrive qu’on se lance dans la lecture d’un gros roman comportant beaucoup de personnages. Puis, au bout de quelque temps, malaise : on se comprend plus rien, on confond les personnages, l’intrigue devient obscure, et la lecture devient une corvée. Il y a quelques années, cela m’est arrivé en lisant American tabloid, le premier livre de la trilogie de James Ellroy sur la politique des États-Unis. Aux environs de la centième page, littéralement, je ne savais plus qui était qui, qui faisait quoi, et je commençais même à me demander QUI j’étais. Voilà ce qui arrive lorsque, comme moi, on possède un Q.I. inférieur à la pointure de ses chaussures...
Je ne me suis pas énervé, car je défie quiconque de parvenir à me mettre en rogne. Simplement, j’ai recommencé ma lecture à partir de la première page. Tout s’est alors décanté, et le récit est devenu clair. Par conséquent, lorsque récemment il m’est arrivé la même chose en lisant Deux sœurs, de Robert Littell, j’ai abandonné le roman et en ai remis la lecture à des jours meilleurs.
Ce qu’il y a de pratique avec les livres, c’est qu’on peut faire cela. Pour les films, tant qu’on n’avait pas les vidéos (cassettes VHS, pénibles à manœuvrer car il fallait les rembobiner pour accéder à tel passage, puis DVD, puis Bluray), c’était impossible. Vous vous voyez allant prier le projectionniste de la salle de faire repartir le film à zéro parce que vous êtes perdu ? Ces sagouins ne le faisaient déjà pas quand un incident avait interrompu la séance, car il aurait fallu, là encore, rembobiner des décamètres de pellicule, et ces messieurs sont de petites fleurs délicates que le travail use prématurément. Croyez-moi, suivez le conseil de Philippe Muray, n’allez plus voir les films en salle, téléchargez-les et visionnez-les chez vous ! Au moins, vous pouvez baisser le son...
Je ferai plus tard une petite note sur la comparaison entre film, roman et nouvelle. Vous verrez qu’il y a un abîme entre ces différents genres, et qu’il est presque toujours vain de vouloir faire un film à partir d’un roman, à de rares exceptions près.