Slam !
Comme je suis, moi aussi, décomplexé, je ne ressens aucune honte à dire que j’ai horreur de ce type qui se produit sur scène sous le pseudo indécent de « Grand corps malade », sous le prétexte qu’il se déplace avec des béquilles, conséquence lointaine d’un accident de sport. D’abord, cette ostentation est un peu suspecte : il devrait y avoir un palliatif pour éviter cela. J’ai vu, de mes yeux vu, un membre du groupe les Wriggles (ils se sont séparés, malheureusement), prénommé Stéphane, qui, s’étant cassé la jambe, a joué au Bataclan avec ses camarades, une jambe dans le plâtre ; or il devait danser, et il l’a fait, plâtre ou pas. Il y a aussi ce personnage de la série musicale Glee, un très jeune homme dans un fauteuil roulant, et qui participe lui aussi aux danses de ses camarades.
Mais passons sur les béquilles, et admettons qu’elles sont indispensables. Ce n’est pas l’essentiel. Et voyons un peu le pseudo.
Des artistes handicapés, il en a existé des kyrielles, et il y en a encore, comme Gilbert Montagné chez nous, qui est aveugle. Mais aucun n’a eu l’impudeur de mettre en avant son infirmité. Vous imaginez Ray Charles ou Stevie Wonder se faisant appeler « Petit Noir aveugle » ? À quoi tend l’adoption d’un pseudonyme misérabiliste ? À vous faire plaindre ?
Enfin, ce prétendu chanteur... ne chante pas, il slamme ! Cela signifie qu’il se contente de parler. Bel exploit ! Il est aussi privé de ses cordes vocales ? Cette imposture, car c’en est une, trompe beaucoup de gens, qui n’osent pas voir le roi nu. Mais lisez les lignes que Laurent Gerra lui consacre, et qui, même si elles sont un peu boiteuses, disent bien ce qu’on doit en penser :
Si tu veux composer un album de bon slam,
T’as pas besoin de not’s ni de connaît’ la gamme.
Tu remplis de clichés des vers de mirliton
Que tu récites après avec un’ voix d’basson.
Surtout, prends un air grave de mec dans la panade.
N’oublie pas que le slam, c’est pas d’la rigolade.
Enfin, comme l’éclopé que l’public apitoie,
Sur une canne anglais’, pour marcher, appuie-toi.
Mais si tu sens un soir que tes fans ils roupillent,
N’hésit’ pas, réveille-les à grands coups de béquilles !
(Rappel : dans les bandes dessinées, Slam ! est une onomatopée signifiant le bruit d’une porte qu’on claque. Les slammeurs me font le même effet)