Promesses d’après élection

Publié le par Yves-André Samère

Mes chers compatriotes, vous m’avez élu à la présidence de notre République, et je vous en remercie. Sans doute n’avez-vous pas oublié les engagements que j’ai pris au moment de la campagne électorale, et que je m’efforcerai de tenir.

Néanmoins, je n’ai pas abordé tous les domaines pour lesquels j’entendais bien faire quelques réformes. Voici donc quelques promesses supplémentaires, qui ne tiennent peut-être pas le premier rang de vos préoccupations, mais qui m’ont semblé assez importantes pour que je leur consacre ces quelques mots. Avantage, tenir ces promesses ne coûtera rien à qui que ce soit : ni à vous, puisqu’elles sont en dehors de l’économie, ni à moi, puisque, ne concernant que mon propre comportement, elles sont faciles à mettre en œuvre.

Ainsi, vous ne me verrez plus perdre la dignité qui convient à un chef d’État, en embrassant mes homologues féminines et en tapant dans le dos de mes collègues masculins. Je m’abstiendrai de les tutoyer et de les appeler par leur prénom. Le président des États-Unis redeviendra Mister Obama et ne sera plus appelé « Barack », la chancelière d’Allemagne ne sera plus désigné sous son prénom d’Angela mais sera Frau Merkel. En aucun cas, je ne feindrai de les considérer comme des amis, car jamais nous ne nous verrons assez longtemps pour tisser entre nous des liens étroits. A-t-on jamais vu le président De Gaulle embrasser la reine Elisabeth, l’a-t-on jamais entendu donner du « Ike » au président Eisenhower en lui tapant dans le dos ?

Par ailleurs, et toujours pour citer en exemple le président De Gaulle, mais aussi son successeur Georges Pompidou, je calquerai ma conduite sur eux, qui jamais n’ont cité le nom d’un seul membre de leur famille et l’ont encore moins favorisé. Souvenez-vous que les Français ne savaient même pas si les époux Pompidou avaient des enfants ! Et, naturellement, je me garderai de décorer qui que ce soit dans ma famille, comme cela s’est abondamment pratiqué il y a une trentaine d’années.

J’ai des amis, certes, mais en aucun cas, je ne me permettrai d’attribuer à l’un d’eux un salaire et un bureau dans le palais présidentiel, sous le prétexte qu’avant mon élection, lorsque nous allions ensemble au restaurant, c’est lui qui payait l’addition – là encore, une déplorable pratique remontant à trois décennies : le président de la République ne paie pas les dettes du candidat, surtout au détriment du contribuable !

Enfin, mes rapports avec la presse seront courtois, mais distants. Le systématique tutoiement que certains ont pratiqué avec les journalistes n’est plus au programme, et si je donne une conférence de presse, je m’abstiendrai de toute plaisanterie pour initiés, ou de toute remarque tendant à ridiculiser l’un de mes interlocuteurs.

Tout cela n’est pas une question d’autocensure. C’est, comme disait Montherlant, « une question de tenue ».

Je vous remercie de m’avoir écouté.

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