Robots, mais pas de chez Asimov

Publié le par Yves-André Samère

Internet est une source inépuisable en motifs de rigolade. Généralement, le ridicule domine. Et, en effet, la dernière histoire en date, tout à fait authentique, illustre combien nous avons de la chance d’avoir, de plus en plus, affaire à des robots informatiques (je suis très fan des boîtes vocales, au téléphone).

Donc, le dernier exploit des robots informatiques a été dévoilé hier soir : Google, ou plutôt l’un de ses robots chargés de surveiller les atteintes à la propriété intellectuelle, a suspendu automatiquement le compte AdSense d’un abonné. Ici, une petite explication s’impose : AdSense est un service de Google, par lequel vous pouvez faire de la publicité sur Google pour les produits que vous, euh... produisez. Or un certain Cody Jackson, auteur d’un livre sur le langage informatique Python, Learning to program using Python, a décidé de vendre son bouquin, au format électronique, sur Internet, et, pour cela, il fallait bien faire un peu de pub. Il a donc fait appel audit service AdSense, et la publicité pour son livre a été installée en ligne. Cela donnait un lien vers les pages où il vendait son livre, dans les cas où un internaute taperait « livre sur Python » ou « Cody Jackson » ou quelque chose d’analogue, dans la boîte de recherche sur Google. Rien d’extraordinaire, vous pouvez vérifier que vous êtes envoyé sur le site d’Amazon ou de la FNAC, par exemple.

Or certains liens visant son livre renvoyaient aussi vers The Pirate Bay, site de téléchargements illégaux bien connu ! Mais Google, qui tire ses revenus de la publicité, est très chatouilleux, et son service AdSense est surveillé par une batterie de robots qui détectent tout lien pointant vers un site de piratage, parce que les clients d’AdSense touchent une commission sur chaque clic de souris fait sur leurs annonces : si vous cliquez sur un lien de piratage, cet argent devient « sale » ! C’est pourquoi ces robots contrôlent automatiquement les sites affichant des publicités AdSense. Eh oui, aucun être humain n’intervient nulle part dans ce processus, conformément aux us et coutumes du monde merveilleux dans lequel nous avons la chance de vivre.

Explication (nécessaire) : il se trouve que Cody avait été aidé par d’autres internautes pour rédiger son livre, et que, pour les remercier, il a décidé, tout en vendant son livre sur Amazon, de mettre aussi son livre en libre diffusion, c’est-à-dire gratuitement, via un lien de téléchargement torrent parfaitement légal. Encore un rêveur... Or l’un de ces liens a été mis, on ne saura jamais par qui, au nombre des liens sur The Pirate Bay. Hélas, le robot de Google ne fait pas les nuances, et n’a donc pas compris qu’un même livre pouvait à la fois être vendu et gratuit. De sorte que, constatant sa disponibilité à partir d’un site de piratage, il a envoyé au trop honnête Cody un message électronique l’avisant qu’il avait commis une infraction à la propriété intellectuelle, et qu’en conséquence, son compte sur AdSense était suspendu !

Cody a bien protesté, argüant qu’il n’avait rien fait d’illégal, mais il a reçu une réponse... d’un autre robot, disant que Google était incapable de réactiver son service publicitaire, parce que son site paraissait être toujours dans l’illégalité. Ayant annulé le fichier torrent pointant sur la fourniture gratuite de son livre, Cody a fait une nouvelle demande, elle aussi rejetée automatiquement.

Dans l’incapacité de pouvoir parler à un être humain, Cody a expliqué son cas au blog TechDirt, créé en 1997, et qui est spécialisé dans les techniques informatiques de haut niveau. C’est ainsi qu’enfin, un humain de chez Google a pu en avoir connaissance, se saisir de cette affaire, et résoudre la difficulté. Mais le problème demeure... pour les autres, qui pourraient se trouver dans la même situation.

Nous vivons une époque formidable.

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