Le charisme est-il nécessaire ?
La question apparemment favorite des bavasseurs de micro, c’est celle posée infailliblement aux personnalités qu’ils reçoivent (dans les émissions de divertissement, je précise, car jamais Jean-Michel Aphatie ne se permettrait une telle incongruité). Cette question follement originale, c’est celle-ci : « Que changeriez-vous à votre vie si vous en aviez la possibilité ? ».
Eh bien, si on me la posait, je répondrais que, sans doute, je choisirais de naître dans un autre pays. En Angleterre, par exemple. Cela éviterait qu’on me lance De Gaulle à la figure chaque fois qu’il est question de politique, alors qu’il est mort depuis quarante-deux ans. Eh oui, en ce moment, il n’est question que de ceci : François Hollande n’a pas de charisme, ah la la, et qu’est-ce que De Gaulle en avait, en comparaison !
Ouais.
À cela près que, si De Gaulle, sur le plan économique, n’a connu que la crise du logement, qu’il n’a du reste PAS résolue, il ne connaissait strictement rien à l’économie, domaine où le « charisme » ne joue aucun rôle, et il le savait très bien : « L’intendance suivra », disait-il dédaigneusement (en guerre, il aurait fait un bien mauvais général !). Sa chance a été de ne jamais se trouver confronté à une crise économique mondiale, face à laquelle il aurait cafouillé lamentablement. Et si la France s’est sortie de ses difficultés, sur ce plan, elle le doit à Antoine Pinay, un économiste de génie, qu’il avait pris comme ministre – et qu’il a misérablement fait écarter au moyen d’un répugnant petit chantage sexuel quand Pinay a manifesté le désir de se présenter à l’élection présidentielle de 1965.
Ajoutons que De Gaulle, qui ne s’intéressait qu’à la politique étrangère, n’en a pas moins commis sur ce plan pas mal de boulettes. Par exemple, en traitant publiquement de « jeanfoutres » les autres chefs de gouvernement européens, ou en allant conclure son discours, le 24 juillet 1967, à l’exposition universelle de Montréal, par un ahurissant « Vive le Québec libre ! », ce qui déclencha, entre la France et le Canada, une brouille qui dura jusqu’à sa démission en 1969. En fait, pour retrouver un pareil gaffeur imbu de son « charisme », il faudra attendre Sarkozy. Mais on a vu comment ce dernier a fini.