Toujours LA « grande cause nationale »
À juste titre, on se plaignait que Sarkozy, dont la pudeur et la décence ne l’étouffaient pas, nous balance au visage les détails de sa vie privée. Même Giscard et Mitterrand, qui étaient loin d’être irréprochables, étaient plus discrets, sur ce terrain. Or voilà que le successeur de Sarkozy lui emboîte le pas, et tout aussi ridiculement.
Passons sur ses errances sentimentales (soyons polis), mais on a découvert avec stupeur que le président de la République pourrait ne pas être en France pour la Fête nationale, et pour la moins valable des raisons : il désirerait assister à un match de football au Brésil le 13 juilllet, et ne pourrait pas rentrer à temps dans son propre pays ! Voilà donc ce jeu de balle – qui n’est rien de plus –, remis au rang de « grande cause nationale ». Au même rang, sans doute, que le chauvinisme, le nationalisme, tant reprochés au Front National, et la vanité. Pour ne rien dire des goûts personnels d’un homme qu’on n’a pas élu pour qu’il les étale en se – et nous – ridiculisant.
C’est d’une irresponsabilité totale, si la manifestation nationale doit être reportée au lendemain par la seule volonté d’un homme : ce dernier oublie (ou feint de ne pas voir) que cette décision absurde fiche en l’air le programme de milliers de personnes qui s’y préparaient depuis des semaines, et les oblige à le décaler d’un jour, ce qui n’ira pas sans coûter pas mal de temps et d’argent, comme tout contretemps. Je cite en vrac et sans savoir si j’en oublie : les militaires, les employés municipaux, les policiers, les pompiers, les services médicaux, le gouvernement, les invités (français ou étrangers), les radio-télévisions françaises et étrangères, sans compter les touristes qui espéraient bien assister au défilé sur les Champs-Élysées. Tout cela, parce qu’un homme, un seul, compte bien – quoique ce ne soit pas acquis – hurler « Allez les Bleus ! » et faire la hola dans la tribune d’un stade, à des milliers de kilomètres de l’endroit où les devoirs de sa charge lui imposaient de se trouver.
On se souviendra de François Hollande. Pas pour ses triomphes en matière économique ou sociale. Mais parce qu’il aura réussi à être encore plus bête et démagogue que Sarkozy.
Un dernier mot. Aux Pays-Bas, le roi (et avant lui, les diverses reines) réside au Palais Noordeinde, qui se trouve en plein centre de La Haye. Mais La Haye n’est PAS la capitale du pays, contrairement à ce que croient un certain nombre de gens. La vraie capitale des Pays-Bas, c’est Amsterdam, et elle compte un palais royal, également au centre, édifice assez modeste si on le compare à Buckingham Palace ou à la Maison-Blanche – je l’ai visité, il ne possède même aucune enceinte et ouvre de plein pied, par une petite porte, sur le Dam, grande place centrale. Oui, mais le souverain a l’obligation absolue d’y résider au moins deux ou trois jours chaque année, car il s’agit de sa résidence officielle. Faute de quoi, il perd son trône ! Pourquoi n’imposerait-on pas au président de la République française d’être présent dans son pays le jour de la Fête nationale ? Comme symbole, ce serait plus parlant que de gloser interminablement sur le statut d’une éventuelle « première dame » que la Constitution ignore.