Une fatwa contre Aurélie Filipetti ?
Vous m’en voyez bien marri, mais je vais, pour une fois (la première ?), me ranger du côté d’un ministre. Néanmoins, avant, une petite notice biographique. Pas du ministre. De Pascal Rogard.
Pascal Rogard est le directeur général de la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques – la SACD. En tant que tel, il est partie prenante dans les plaintes que les éditeurs de musique déposent contre les affreux pirates qui téléchargent de la musique sans bourse délier. On lui a donc demandé son avis sur la condamnation dont je vous ai parlé, celle de cet homme auquel le tribunal de Belfort a collé une amende de 150 euros parce que sa femme (en instance de divorce) avait utilisé l’ordinateur du ménage pour télécharger... DEUX chansons de Rihanna. Il s’avère que cette mégère, qui mériterait certes le fouet, a bien voulu reconnaître devant le tribunal que son mari était innocent et que tout était de sa faute à elle. Mais rien n’y a fait, c’est le mari qui paiera l’amende. Donc, monsieur Pascal Rogard, que pensez-vous de ce verdict ubuesque, donnant à penser que les juges avaient fumé on ne sait quoi ou pas dessaoulé depuis la veille ? Mais monsieur Pascal Rogard, après avoir dit que « Personne ne demande aux hypermarchés leur réaction chaque fois qu’un voleur est condamné », a donné à Boris Manenti, du « Nouvel Observateur », une interview dans laquelle il affirme que « Chaque abonné à Internet doit faire attention à ce que son accès ne soit pas utilisé pour de l’illégal. Il est responsable de ce que font ses enfants ou sa femme ».
On voit par là combien la SACD est bien dirigée, sous la poigne d’un homme à la pointe de la modernité. Il doit regretter que son épouse, s’il en a une, ne soit pas voilée. Rappelons qu’avant 1975, la loi autorisait un mari à ouvrir le courrier de sa femme, et que, jusqu’en 1965, la femme devait demander à son mari l’autorisation de signer un contrat de travail.
Et le ministre ? vous entends-je réclamer sur l’Air des Lampions. Eh bien, il s’agit d’Aurélie Filipetti, ministre de la Culture, qui a l’Hadopi dans ses attributions, et qui est devenue l’ennemie mortelle de cette commission et des éditeurs, depuis qu’elle a fait observer que, coûtant 11 millions d’euros par an aux finances nationales et n’étant pas fichue de constituer plus de quatorze dossiers en quelques années d’existence, ce ne serait plus mal de rogner le budget de cette assemblée de charlots. À mon avis, Rogard et ses potes vont lui lancer une fatwa, si ce n’est déjà fait.
Donc, demain, au lieu d’aller visiter l’Élysée (c’est la Journée du Patrimoine), tous au Palais-Royal où la chère Aurélie a ses bureaux, juste au-dessus des colonnes de Buren, pour lui faire une ovation. Et si vous apportez du champagne, ce sera encore mieux, je vous aiderai à le boire.