Vérités pas bonnes à dire
Ayant été mal dressé en tant que perroquet, je ne suis guère tenté de répéter ce que tout le monde dit. Par conséquent, je ne vais pas m’associer à l’hommage quasiment unanime envers l’armée des États-Unis « qui nous a libérés », comme chanterait Sardou. Rappelons que les États-Unis ont eu un projet de s’allier à Hitler, avec cette idée de combattre le communisme de l’Union Soviétique. La chose ne s’est pas faite, car cela choquait tout de même beaucoup de gens, chez eux. Il n’empêche que, pour intervenir dans la guerre, le gouvernement de Washington a attendu que les Japonais bombardent leur base à Pearl Harbor, et que les nazis aient contracté la charmante habitude d’envoyer leurs sous-marins couler leurs navires dans l’Atlantique ou d’en saboter quelques-uns jusque dans le port de New York (voir Saboteur, le film d’Alfred Hitchcock). Sans ces deux boulettes des nazis et de leurs chers alliés, on attendrait encore...
Je rappellerai aussi que les bombardements affectués par nos alliés sur le territoire français ont fait beaucoup plus de victimes chez nous que l’occupant allemand. Je n’écris pas cela pour excuser les nazis, car l’intention n’était pas la même, mais un peu de doigté et de bon sens auraient évité, par exemple, que l’aviation des États-Unis détruise Saint-Lô à 95 %, dans la croyance que cette localité sans importance stratégique était un nœud ferroviaire important, et qu’il fallait DONC détruire la ville. Déjà, les services secrets de l’Oncle Sam étaient magnifiquement renseignés.
Mais comme tout le monde aime les données chiffrées, en voici quelques-unes.
Au cours de cette guerre, les tués de l’Armée rouge – dont on ne parle pas beaucoup en ce jour de commémoration à sens unique – représentent 53 % du total des pertes militaires connues en Europe. Ceux de la Wehrmacht, 31 %. Ceux du Royaume-Uni, 1,8 %. Ceux de la France, 1,4 %. Et ceux des États-Unis, 1,3 %. Le total des pertes militaires seules de l’Allemagne et de l’Union soviétique réunies représentent donc 84 % du total de toutes les pertes militaires subies en Europe.
Et puis, pourquoi ne commémorons-nous jamais les victoires de Stalingrad, de Léningrad, de Moscou, ou celle de Koursk ? Parce que nous détestons Poutine ? Mais il n’a rien à voir là-dedans ! Né en 1952, un an avant la mort de Staline, il n’a pas connu cette guerre.