Déboulonnons : les mathématiques (2)

Publié le par Yves-André Samère

Après l’obsession des dates, parlons à présent de l’obsession des nombres – et je ne parle pas des mathématiciens, par exemple de ceux qui ont établi, après des années d’effort, les tables de logarithmes ou celles de trigonométrie, qui, elles, servent à quelque chose. Et puisque j’ai mentionné dans ma précédente notule les attentats du 11 septembre 2001, restons-y, comme on dit à la télé.

Au lendemain desdits attentats de New York et de Washington, et alors qu’on ignorait encore le nombre des victimes de l’hécatombe, chacun sanglotait à leur propos – alors que la majorité des sangloteurs n’en connaissait aucune. Ce type de comportement m’a toujours un peu étonné, si bien que j’ai cette fois posé la question à une amie éplorée, sans doute hypersensible car jamais elle n’avait fichu les pieds aux États-Unis, et lui ai demandé ce qui l’attristait à ce point.

– Mais tu ne comprends pas, on a déjà trouvé sept mille morts dans les décombres.

– Sept mille ! Diable, tu es bien renseignée. Mais, dis-moi, tu y connaissais quelqu’un ?

– Personne, mais ce n’est pas une raison pour rester indifférente. Pense donc : sept mille morts !

– Sans doute, mais les accidents de la route en France font au moins huit mille morts par an. Ça te chagrine autant ?

– Non, bien sûr. Mais c’est huit mille sur un an, tandis qu’ici, tous ces malheureux morts en même temps...

– Donc, en fait, si les victimes s’étaient arrangées pour mourir graduellement, un petit peu chaque jour, et de manière pas trop voyante, tu t’en ficherais ?

– Pas du tout, mais c’est tout de même impressionnant.

– Je te crois, ça impressionnait, c’était du spectaculaire. On se serait cru au Châtelet. Au fond, c’est le spectacle qui t’émeut.

– Tu diras ce que tu voudras, sept mille victimes, c’est atroce.

– Au fait, mon voisin du dessous est mort le même jour que les attentats, tu sais, le vieux M. Heckles.

– Non, je ne sais pas, je ne l’ai jamais rencontré.

– De sorte que là, tu t’en fous !

– Pas vraiment, mais je ne peux pas m’apitoyer sur le décès de tous les gens que je ne connais pas.

– Tu viens pourtant de le faire. Mais on est bel et bien revenus à la case départ. Un mort inconnu, ce n’est pas tellement triste.

– Euh... si. C’est triste pour ceux qui le connaissent, mais...

– Je commence à comprendre : un mort inconnu, ce n’est pas triste, mais sept mille, oui. Où est la séparation ?

– Pardon ?

– Eh oui, à partir de combien de morts inconnus faut-il commencer à s’attrister ? Cent morts, c’est triste ?

– Bien entendu. Mais où veux-tu en venir ?

– Et mille, encore plus ?

– Ben... évidemment !

– De plus en plus clair. Si j’ai bien suivi, mille morts inconnus, c’est dix fois plus triste que cent, et cinquante morts, c’est deux fois moins triste que cent, c’est ça ?

– Va te faire voir avec ton arithmétique. Ton raisonnement est absurde et ridicule.

– D’accord. Sauf que ce n’est pas le mien.

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Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

M
Mr Heckles le voisin du dessous...
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D
Cette discussion sur le nombre de morts me rappelle l'attentat de ce malade en Isère contre une usine de gaz : on sentait que les journalistes étaient un peu désappointés. Juste un mort, même décapité, ça ne le fait pas. Deux ou trois petits blessés en plus, bof. Pas terrible.<br /> En Tunisie c'était mieux, déjà. Trente-cinq morts.
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Y
Si les journalistes s’étaient suicidés sur place, cela aurait corsé un peu le bilan.