Viande sans animal ? (Suite)
Je ne prétends pas qu’il faille remplacer la viande par les fruits et légumes exclusivement, ni, pis que cela, par le soja, les algues et le tofu, sans parler du steak végétarien (sic), à base de gluten et de riz complet ; ni du Soylent, boissons, poudres et autres produits assez répugnants comme tout ce que les écolos fous veulent nous faire avaler de « naturel », et dont le nom doit venir du titre d’un film de 1973, Soylent green (en français, Soleil vert), où la chair des défunts était recyclée afin de fabriquer des pilules nutritives pour ceux qui ne nous avaient pas quittés, comme il faut dire. Non, si je faisais ce type de propagande, ce serait du dogmatisme, un peu mâtiné de terrorisme intellectuel. Vous vivez comme vous voulez, je ne vous impose ni mes goûts ni mes opinions. Mais il n’est pas inutile d’informer les gens.
En revanche, il y a cette start-up fondée en 2009, appelée Beyond Meat (« Au-delà de la viande »), en Californie du sud, dirigée par un patron de quarante-trois ans, Ethan Brown, qui a inventé une sorte de steak entièrement végétal, le Beast Burger, produit depuis 2012, ne contenant pas une molécule de bœuf, mais plutôt des protéines végétales, des Omega-3, du calcium et des anti-oxydants, favorisant par sa composition la récupération musculaire. Au siège de la société, une vingtaine de jeunes entre vingt et trente ans travaillent sur des ordinateurs à parfaire la composition des futurs steaks, pendant que le chef-cuisinier, Dave Anderson, confectionne et fait cuire des steaks expérimentaux à base de haricots, de quinoa et d’autres produits venus de la terre. Anderson n’est pas un cinglé qu’illuminerait une lubie nouvelle, c’est au contraire un ancien chef très célèbre, co-fondateur de Hampton Creek, une société connue pour sa mayonnaise végétalienne. Pour ses recherches, il travaille avec une extrudeuse, qui n’est pas une dame pratiquant je ne sais quelle spécialité, mais un instrument qui compresse les mélanges fabriqués par lui, et les moule à la section désirée. Les extrudeuses servent à produire les pâtes et autres barres énergétiques, mais peuvent produire à peu près n’importe quoi si on les programme convenablement. Mais, bien entendu, seule la composition compte : protéine de pois en poudre, huile de tournesol, eau, nutriments divers et arômes naturels, pas le moindre ingrédient produit artificiellement, le tout mélangé et cuit avant de passer à l’extrudeuse du chef, qui met le tout en forme de steak. La grosse production est faite ailleurs, par d’autres extrudeuses actionnées par une soixantaine d’employés, dans le Missouri.
Ne vous scandalisez pas, c’est exactement ce qui se passe « dans » le véritable bœuf, à ces détails près qu’on économise du temps, beaucoup d’eau, et... la vie d’un animal. Mais le résultat est identique : c’est bel et bien de la viande, avec la même composition et le même goût. Et souvenez-vous que la transformation des végétaux en viande via un animal est un processus terriblement gaspilleur, car seuls trois pour cent de la matière végétale qu’absorbe un ruminant se transforme en muscle, le reste étant dépensé pour produire l’énergie nécessaire à sa vie – son métabolisme – et pour expulser du méthane ; gaz dont nous n’avons pas vraiment besoin, c’est le moins qu’on puisse dire, puisqu’on a évalué la quantité de méthane ainsi produite à 18 % du total existant dans l’atmosphère, soit 103 millions de tonnes et 51 % des gaz à effet de serre, davantage que les voitures et les camions réunis (source : les Nations-Unies) !
Détail qui tue : le Beyond Meat coûte moins cher que la « vraie » viande et ne contient pas de cholestérol. Seul inconvénient connu à ce jour, si son goût et sa couleur sont identiques à ceux de la viande, sa texture ne l’est pas encore. Ça viendra, probablement. Il existe des quantités d’autres possibilités pour faire varier sa composition.