Ma Nuit blanche

Publié le par Yves-André Samère

L’annuelle Nuit blanche de Paris a été instituée par l’ancien maire Bertrand Delanoë, qui a su payer de sa personne, puisqu’il avait inauguré la toute première en se faisant poignarder par un cinglé. Depuis, cette coutume municipale s’est poursuivie – la Nuit blanche, pas le surinage –, et j’ai assisté à toutes les éditions, ou presque. Donc, la dernière a commencé hier soir, à sept heures, et s’est terminée ce matin, à quatre heures. Impossible bien sûr de voir toutes les manifestations prétendues culturelles, je me suis contenté de celles qui se passaient près de chez moi.

J’ai commencé par l’œuvrette d’un « artiste » chinois, Zhenchen Liu, qui avait installé devant l’Hôtel de Ville autant de blocs de glace qu’il existe de villes qu’on suppose menacées par le réchauffement climatique dont on ne cesse de nous parler. Comment décrire ça ? Imaginez les colonnes de Buren, mais toutes de la même hauteur, un mètre, toutes parallélépipédiques, et toutes en glace diversement colorée, qui, la douceur de l’atmosphère aidant, fondaient peu à peu, transformant la place en marécage. Ô, combien j’ai regretté que notre climat bien trop froid n’ait pas permis de faire fondre les colonnes de Buren, plutôt...

J’ai poursuivi ma promenade en passant devant le Pompidolium, où l’on avait installé des musiciens dans une sorte de guérite en verre. Mais ils produisaient une musique si effroyable que je me suis réfugié au Centre Wallonie Bruxelles, qui avait eu la bonne idée d’exposer des planches produites par les meilleurs dessinateurs de bandes dessinées du pays. J’en connais un certain nombre et les apprécie presque tous (Franquin, Peyo, Greg, Craenhals, Macherot, etc.), sauf Edgar P. Jacobs, le créateur de Blake et Mortimer, que je déteste franchement.

Ma visite suivante a été une mauvaise idée, car j’ai voulu voir l’exposition au Centre National d’Études Spatiales, qui, dans des lieux minuscules, ne montrait que deux ou trois fragments maquettes dépourvus de toute explication, et UNE projection sur une fusée construite dans les années soixante. Je n’y ai guère passé plus de cinq minutes, et j’ai traversé le jardin des Halles pour aller entendre de la musique d’orgue à Saint-Eustache.

Il doit y avoir une fatalité, puisque, il y a deux ans, j’avais eu la même idée, et avait eu les oreilles comblées par une musique dont j’avais écrit ICI qu’elle semblait un hommage à Dracula. Eh bien, hormis le fait que l’organiste de la fois précédente avait été remplacé par deux organistes, Baptiste-Florian Marle-Ouvrard (restons simples) et Thomas Ospatial, 25 ans, dont le programme nous apprenait qu’il avait débuté ses études à Bayonne (mais le rédacteur du programme n’a pas encore « débuté » les siennes à l’école primaire), on avait toujours à l’entrée le curé serreur de mains, George Nicholson, et l’organiste énergumène qui s’agitait des quatre membres sur l’un des orgues les plus célèbres au monde jouait encore de la musique de film d’horreur. Normalement, les spectateurs auraient dû fuir en masse, mais non, ils semblaient apprécier la cacophonie davantage que Bach ou Haendel.

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