Kidnapping international

Publié le par Yves-André Samère

Kidnapper à l’étranger un de ses ressortissants auquel on a quelques faits à reprocher, ce n’est pas l’exclusivité de la France. Rappelons que le 22 octobre 1956, les services secrets français, sans l’accord du gouvernement de l’époque présidé par le socialiste Guy Mollet, ont envoyé des avions de chasse pour détourner, vers un aéroport militaire, l’avion qui emmenait de Rabat à Tunis (donc survolant l’Algérie, alors territoire français) les chefs rebelles algériens Ben Bella, Aït Ahmed, Lacheraf, Khider et Boudiaf. Faits prisonniers à la descente de l’avion, ils sont restés en prison jusqu’aux accords d’Évian, en mars 1962, qui accordaient l’indépendance à l’Algérie. Remarquez qu’on ne les a tout de même pas envoyés dans un cul de basse fosse, puisqu’on les a hébergés dans plusieurs châteaux successifs, dont celui d’Aunoy, et que, parvenu au pouvoir, De Gaulle alla jusqu’à ordonner qu’on leur fournisse... des femmes ! Eh oui, le grand général jouant les tenancières de maison close, ça s’est vu, mais on n’en parle plus beaucoup aujourd’hui : c’était un saint, ne l’oubliez pas.

Il y eut aussi, ordonné cette fois par le même De Gaulle entre-temps devenu président, l’enlèvement, en Allemagne et par des agents secrets, du colonel Argoud, l’un des principaux chefs de l’Organisation Armée Secrète, qui combattait la perspective de l’indépendance algérienne. Cela s’est passé le 25 février 1963, à Munich où Argoud se trouvait dans un hôtel. On le chargea dans le coffre arrière d’une Mercedes, qui passa la frontière en catimini, et Argoud fut déposé devant la préfecture de police de Paris le lendemain. De Gaulle se vengeait de n’avoir pas pu, l’année précédente, obtenir la peine de mort pour le général Salan, le chef d’Argoud. Mais, pas de chance, il ne l’obtint pas davantage pour Argoud.

En somme, il rééditait l’enlèvement abominable du duc d’Enghien par Bonaparte, le 21 mars 1804. Mais là, Bonaparte avait fait exécuter le duc, qui... n’avait rien à se reprocher ! Voir ICI et .

Or on vient d’apprendre que les États-Unis, qui savent imiter nos scénarios et qui ne craignent pas d’écouter les téléphones de nos présidents (en l’occurrence, Chirac, Sarkozy et Hollande), ont également envoyé un avion en Europe, en 2013, pour récupérer Edward Snowden. D’abord donnée par « The Register » en juin 2014, mais sans véritables éléments de preuves, cette information est aujourd’hui confirmée par des documents que publie le site d’investigation danois Denfri. Il affirme que cela s’est passé le 25 juin 2013, et que l’avion, un jet Gulfstream V, immatriculé N977GA, a été utilisé. Cette immatriculation est celle d’un avion utilisé par les États-Unis pour déplacer des prisonniers d’un pays à un autre, de façon parfois illégale ou obscure. Par exemple, pour aller chercher en Grande-Bretagne l’ancien imam radical Abou Hamza al Masri, lorsque les USA ont obtenu son extradition.

La veille au soir, le 25 juin 2013, Snowden venait d’atterrir à Moscou, où il espérait obtenir un répit avant de repartir vers une autre destination. Or les Russes pouvaient refuser leur asile, et les États-Unis, dans cette hypothèse, auraient alors mis la main sur lui s’il débarquait dans un pays allié.

Pas de preuves ? Mais, le même jour, le FBI avait demandé au Danemark, à la Norvège, à la Suède et à la Finlande, de prévenir immédiatement les agences compétentes « dans le cas où Snowden prenait place dans un vol de Moscou vers l’un de vos pays respectifs, que ce soit pour une correspondance ou en tant que destination finale ».

En accordant son visa à Snowden, la Russie a tout flanqué par terre. Quels salauds, ces Russes !

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Publié dans Politique, Histoire

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