Déboulonnons – De Gaulle (3)

Publié le par Yves-André Samère

Il y a quelque temps, j’avais écrit un petit article sur une infamie dont s’était rendu coupable Bonaparte, alors Premier Consul, en faisant enlever à l’étranger un aristocrate, le duc d’Enghien, qui était de ses ennemis (mais loyal), l’avait fait ramener en France, l’avait fait juger de manière expéditive, sans aucun témoin, aucun acte d’accusation et aucun avocat, et l’avait fait exécuter séance tenante.

Eh bien, De Gaulle a marché dans les brisées de Bonaparte, exécution et procès factice en moins. Je précise que je m’intéresse ici à la méthode, contraire à toute les lois internationales, et pas aux personnages.

Antoine Argoud (26 juin 1914 - 10 juin 2004) était colonel dans l’armée française. Lorsque De Gaulle, devenu président de la République en 1959, décida de donner l’indépendance à l’Algérie alors qu’il s’était engagé à faire exactement le contraire, Argoud passa dans la clandestinité et devint l’un des dirigeants de l’OAS (Organisation armée secrète, dont le chef était le général Raoul Salan). L’OAS organisa beaucoup d’attentats contre les adversaires de l’Algérie française, y compris un contre De Gaulle lui-même.

Lorsque la guerre fut achevée et que l’Algérie fut proclamée indépendante en juillet 1962, Argoud, qui n’avait pas été arrêté comme Salan – capturé au centre d’Alger le jour de Pâques 1962 –, se réfugia en Allemagne, à Munich précisément. Mais De Gaulle, qui n’avait pas réussi à faire condamner à mort le général Salan (le Haut Tribunal militaire le condamna à la réclusion à perpétuité, et De Gaulle, furieux, signa aussitôt la dissolution du tribunal !), voulait la peau d’Argoud. Et comme l’Allemagne aurait refusé de le livrer puisqu’il risquait la peine de mort, on le fit enlever.

En février 1963, De Gaulle envoya en Allemagne un commando de « barbouzes » (les services secrets, qui avaient gagné ce surnom durant la guerre venant de s’achever, et qui avaient des procédés de malfrats), lesquels enlevèrent Argoud à son hôtel, l’enfermèrent dans le coffre d’une Mercedes, et le ramenèrent clandestinement en France. C’était un cas d’incident diplomatique majeur, mais les Allemands ne bronchèrent pas, semble-t-il.

Argoud ne fut pas condamné à mort lui non plus, mais à la même peine que Salan, la réclusion à perpétuité.

Comme dans le cas de Bonaparte, cette exaction gaullienne ne provoqua aucune réaction des citoyens français.

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