Déboulonnons : Bonaparte, Premier consul

Publié le par Yves-André Samère

Enlever quelqu’un pour exiger le paiement d’une rançon, cela s’est toujours pratiqué, bien avant l’aventure du baron Empain. Souvenez-vous des trois missions qu’avouait Jeanne la Pucelle ! Dieu, disait-elle au procès de Rouen, lui avait ordonné de : 1. délivrer la ville d’Orléans ; 2. faire sacrer Charles VII à Reims ; 3. délivrer le duc Charles d’Orléans, prisonnier en Angleterre – les Anglais, qui du reste le traitaient bien, en attendaient une rançon. Et jamais il n’a été question de « bouter les Anglais hors de France » !

Mais on a connu des cas différents, dans lesquels il s’agissait de se venger de quelqu’un ; en l’occurrence, un adversaire politique. Je vais vous en raconter deux. Aujourd’hui, ce sera Bonaparte et le duc d’Enghien. Un autre jour, ce sera De Gaulle et le colonel Argoud. Ces deux épisodes ne sont pas reluisants, en ce que, chaque fois, le chef de l’État a violé les lois internationales.

Certains n’aiment pas Napoléon, empereur, mais glorifient Bonaparte, général puis Premier consul. Belle erreur ! En 1803, Bonaparte étant encore Premier consul, les aristocrates émigrés semblent avoir renoncé à toute restauration, et les Chouans ont été quasiment vaincus. Toute la France est donc pacifiée. Toute ? Non. Restent quelques opposants acharnés, et deux conspirations sont réprimées. D’abord, celle du général Pichegru, qui, acheté par des émigrés, avait comploté pour enlever Bonaparte. Il échoue et se fait arrêter. Puis celle de Georges Cadoudal, qui préparait aussi son renversement. Arrêté, il ne parle pas, mais un complice déclare que les conjurés attendaient l’arrivée à Paris d’un prince de sang, qu’il ne nomme pas. Bonaparte en conclut qu’il s’agit du duc d’Enghien.

Louis-Antoine de Bourdon-Condé, duc d’Enghien, âgé de trente-deux ans, émigré en 1789, est en effet l’aristocrate du plus haut rang : il est le filleul de Louis XVI et de Marie-Antoinette. Or l’accusation de Bonaparte est injuste : le duc était prêt à combattre loyalement le régime, les armes à la main, mais c’était le contraire d’un comploteur. Il vivait d’une pension versée par l’Angleterre et s’était installé dans le grand-duché de Bade, à Ettenheim, à quelques kilomètres seulement de Strasbourg. Et le grand-duché de Bade n’a pas les moyens de se défendre face à Bonaparte.

Celui-ci charge donc le général Caulaincourt d’aller enlever Enghien, chez lui, de l’autre côté de la frontière, à la tête... d’un millier d’hommes, une armée, pour en capturer un seul ! C’est le 14 mars 1804, et on ramène le prisonnier à Paris, où tous arrivent le 20. On incarcère le duc au château de Vincennes, au secret. Toute la garnison de Paris encercle le château. Un tribunal est aussitôt constitué, pour statuer sur la « tentative d’assassinat » fomentée par Enghien : deux généraux, quatre colonels, un capitaine. Il n’y a pas d’acte d’accusation, pas de défenseur. On lui refuse un entretien avec Bonaparte, et on le reconduit dans sa chambre. Lorsqu’on le ramène, on lit le verdict : condamnation à mort.

Il sera fusillé en pleine nuit, dans les fossés du château. On lui a refusé de voir un prêtre. Il est enterré sur place, ce 21 mars à trois heures du matin. Tout cet épisode sanglant était illégal, de bout en bout, enlèvement à l’étranger, jugement, exécution. Et le peuple de France n’a pas bronché. Il ne bronche que lorsqu’on touche à ses intérêts, le peuple de France.

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

Y
J’ai corrigé. Ma sympathie pour le personnage est telle que j’ai inconsciemment souhaité qu’il soit plus près de nous.
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D
"[...]. En 1983, Bonaparte étant encore Premier consul [...]"<br /> <br /> Oui, ce n'est qu'en 2007 qu'il a été élu président. A moins que je confonde...
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