Sans anesthésie
Outre le fait de fuir aujourd’hui devant un cinéma qui passe un film que certainement j’aurais beaucoup aimé, j’avais fait auparavant une chose inhabituelle : refuser une anesthésie. Je vous explique.
J’avais rendez-vous ce matin de bonne heure dans un grand hôpital, pour un examen que, dans les journaux mieux écrits que cette page, on aurait qualifié d’intrusif. Comme je n’ai eu jusqu’ici que DEUX cancers, il s’agissait de vérifier si, par hasard, je ne poserais pas ma candidature pour un troisième, vu qu’à partir d’un certain nombre, on vous offre une carte de fidélité dédicacée par Marisol Touraine. Alléchant, non ?
Or ce type d’examen, pas très confortable, se pratique d’habitude « sous » anesthésie générale, comme il faut dire. Oui, mais voilà, dans les hôpitaux, quand on doit vous anesthésier généralement, le règlement intérieur exige que vous soyez accompagné par quelqu’un pour revenir chez vous. Faute de quoi, l’anesthésiste, qui ne doit pas être très confiant dans sa technique, refuse de vous endormir. Et vous avez beau faire valoir que les lois de la République sont supérieures aux règlements intérieurs de quelque établissement que ce soit, et prononcent que tout citoyen français, sauf s’il est incarcéré ou placé sous contrôle judiciaire ou psychiatrique, est libre d’aller où il veut et quand il veut, on ne vous écoute pas et on vous fait le petit chantage prévu par la corporation. Il m’est d’ailleurs arrivé, après une anesthésie générale, de m’asseoir sur le règlement et de prendre discrètement la poudre d’escampette, sachant que, chez moi, il n’y a aucun effet après cette précaution – ce qui m’avait valu un coup de téléphone indigné mais trop tardif. Raison profonde de cette « précaution inutile », comme aurait dit Beaumarchais : ouvrir le parapluie anti-procès. Raison avancée pour camoufler cette pétoche des corps médicaux : et si vous avez un malaise, ou une hémorragie, une fois sorti de l’hôpital ? Or c’est bidon, et vous allez comprendre un peu plus loin.
Donc je déclare, une fois admis dans le saint des saints, que je ne veux pas être anesthésié. J’ai trois raisons : 1. couper à tous les raisonnements foireux qu’on me sortira ; 2. voir à quoi cela ressemble de ne PAS être anesthésié ; et 3. visionner en temps réel, sur le moniteur, les péripéties de mon aventure intérieure que filmera la caméra miniature qu’on va introduire en un lieu où il n’en passe jamais, comme si je jouais dans un épisode de Docteur House. Et, en effet, j’ai pu admirer à quoi je ressemblais, vu sous cet angle. Je dois dire que c’est très proche de la série télévisée, à ce détail près que, dans ce cas, ce ne sont pas des images de synthèse !
Pourquoi j’ai écrit plus haut que la raison officielle était bidon ? Parce que l’équipe médicale (un jeune infirmier asiatique, une jeune infirmière noire, et un jeune médecin gaulois, tous très sympathiques et que j’ai fait rigoler en parlant de House), cette belle équipe, comme aurait dit Julien Duvivier, m’a effectivement coupé quelque chose à l’intérieur, donc il y a bien eu hémorragie, quoique minime. Et là, personne ne s’en est inquiété.
Une heure plus tard, j’étais chez moi.
(PS : oui, à certains moments, ça fait un peu mal)