Fin (prévue) de l’écotaxe bretonne
Lorsqu’un gouvernement ou un parlement ont l’idée d’instaurer une nouvelle taxe, ils devraient, en principe, se poser deux types de questions : d’abord, ce qu’elle va rapporter aux finances de l’État vaut-il la peine de la créer ? Ensuite, ce renflouement des caisses mis à part, quelles en seront les conséquences ?
Par exemple, la création de l’Impôt de Solidarité sur la Fortune rapporte un peu d’argent, quoique pas beaucoup, mais il n’a théoriquement aucune conséquence autre que celle d’embêter ceux qui sont taxés. Or il peut frapper des gens qui n’ont rien fait pour devenir riches aux yeux du fisc (par exemple, ils ont acheté leur domicile à bas prix, mais leur quartier est devenu chic avec les années, le prix de leur demeure a grimpé sans qu’ils fassent quoi que ce soit, et les voilà qui dépassent le maximum permettant de ne pas être taxé !).
S’agissant de la fameuse écotaxe qui agite tant les Bretons et que notre gouvernement qui ne recule jamais va évidemment supprimer avant longtemps, la droite qui l’a inventée et la gauche qui l’a votée auraient dû étudier la question avant de se réjouir en chœur, et se poser les deux questions que je viens d’évoquer. Cette taxe rapporte-t-elle beaucoup ? Compte tenu des frais qu’entraîne la perception de n’importe quel impôt (le coût de la fabrication, de l’installation et du fonctionnement des fameux portiques), pas vraiment : on a parlé de quelques centaines de millions. Est-elle sans conséquence ? Là, on aurait pu se demander quel était le véritable motif de la taxe. Normalement, quand vous taxez quelque chose, c’est AUSSI pour dissuader les futurs taxés de l’acheter ou de l’utiliser : voyez le tabac et l’alcool. Dans le cas présent, le nom même de la taxe désignait l’adversaire, qui est la pollution causée par les camions, via leur consommation d’essence. Donc on espère que les camions rouleront moins. Bien. Mais alors, comment transporter les marchandises ?
On peut favoriser le transport par train, par péniche, par avion. Encore faut-il que la région où la taxe s’appliquera offre cette possibilité. Entre Paris et Lyon, entre Marseille et Toulouse, aucune difficulté, il y a tout ça. Mais en Bretagne ? La principale ligne nationale relie Paris à Brest en passant par Rennes et Saint-Brieuc. Elle est essentiellement fréquentée par des voyageurs (43 trains sur 58), et les T.E.R. (les trains régionaux) sont peu nombreux. Les grands fleuves navigables ? Il n’y en a aucun. Les canaux ? Il existe un canal de Nantes à Brest – avec interruption entre Carhaix et l’écluse de Bon Repos –, et, à mi-parcours, un embranchement qui descend vers Lorient ; plus un autre de Nantes à Dinard, reliant donc la Manche à l’Atlantique ; le reste de la Bretagne, essentiellement le nord-ouest, n’est pas desservi. Enfin, les aéroports sont peu nombreux, petits, et servent surtout aux voyageurs, ils ne sont pas équipés pour le fret.
Entravez en Bretagne la circulation des camions, et vous asphyxiez la région. Et comme Hollande est capable de tenir ce raisonnement, la taxe va sauter comme un vulgaire Premier ministre !