« Frère » ? 

Publié le par Yves-André Samère

Attention, faites sortir les enfants et les personnes sensibles, je vais écrire une notule de très mauvais goût, et pas du tout politiquement correcte. Vous êtes prévenus.

Supposez que, Français « de souche » – comme on dit à droite –, vous soyez né dans un pays de population à majorité arabe. Supposez qu’ensuite, vous ayez passé quelques années en Afrique noire. Il ne vous a donc pas échappé que les citoyens de ces pays ont la manie de se donner entre eux du « frère ». N’importe quel Arabe qualifiera de « frère » n’importe quel autre Arabe ; même remarque chez les Noirs.

Moi, je veux bien, mais ça n’empêche pas de poser la question : pourquoi ?

Histoire de bien situer les choses, imaginons un Haïtien des faubourgs de Port-au-Prince, un Éthiopien juif (ça existe, vous avez bien vu le film Va, vis et deviens), un Africain du Sud, compatriote de Nelson Mandela, et un Sénégalais, coiffeur à Paris boulevard de Strasbourg. Chacun qualifiera les trois autres de « frère », or qu’ont-ils en commun ? Ni le lieu de naissance, ni la langue maternelle (le Haïtien parlera probablement le créole, qui n’est pas le français), ni les coutumes. Rien !

Rien, sauf la couleur de leur peau.

On est donc bien obligé d’en déduire que cette notion de fraternité ne repose que sur un critère qualifié un peu légèrement de « racial ». Et que ce trait n’existe nulle part ailleurs. Vous avez déjà entendu un Allemand appeler « frère » un Italien, sous le prétexte qu’ils sont blancs de peau tous les deux ? Mieux : un Chinois appeler « frère » un Japonais (les Chinois, non sans raison, haïssent les Japonais) ? Un Nord-Coréen fraterniser avec un Sud-Coréen ? Un Taïwanais congratuler un habitant de Pékin ?

J’ai correspondu naguère avec un jeune Ivoirien, qui m’écrivit un jour : « Pour ma part, je crois à l’existence des races ». Il a été bien surpris quand je lui ai rétorqué qu’il s’exprimait comme Le Pen. Cela me rappelle ce musicien ivoirien, qu’on avait invité à débattre, à la télé d’Abidjan, avec le directeur français du conservatoire de musique de cette ville. Il avait prétendu que les Noirs n’avaient pas besoin de fréquenter son conservatoire, parce qu’ils avaient « la musique dans le sang » ! (Et le rythme dans la peau ?)

Bref, vous ne trouvez pas un peu fort de café que des populations qui ont autant souffert du racisme, et parfois en souffrent encore, partagent les mêmes manières de penser que leurs pires ennemis ?

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Publié dans Absurdités

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